L’idée de Dieu.
Publié le 12/11/2016
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dogmes où le jeune homme aurait souhaité plus de spiritualité. Tout récemment encore (Figaro littér. 8.V.1954), Armand Salacrou, répondant à Paul Claudel, déclare : « C’est l’anthropomorphisme de la religion qui m’a, hélas ! éloigné de la foi »... Nous reviendrons dans un instant sur ce thème.
L'aspect philosophique a le mérite, pensera-t-on, de ne point tomber en d’enfantines représentations. L’imagination s’efface devant la pensée. On essaie de concilier l’antinomie de l’immanence et de la transcendance, et l’on évite que la transcendance n'apparaisse comme l’idée d’un Dieu séparé du monde, extérieur à sa création à la façon dont l’artiste est distinct de la statue. On veut. penser un Dieu « en esprit et en vérité ». Comment le ferait-on sans délaisser le Dieu de la Genèse, créant le monde ex nihilo (etc.). Dieu n’est plus une « personne », mais un idéal. Et la prière n’a, pour ainsi dire, plus de signification. On comprend que Pascal, au cours d’une « nuit » célèbre, se détache des spéculations sur le Dieu « infiniment incompréhensible )) qui, « n'ayant ni parties ni bornes n’a nul rapport avec nous » (etc.) (Pensées Section III, § 233, pet. éd. Brunschvicg, Hachette) et s’écrie : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, — non des philosophes et des savants !. .. »
1. — LE SENTIMENT RELIGIEUX.
Si l’on en croyait Em. Durkheim, la religion se confondrait, initialement, avec le sentiment social lui-même. Elle ne serait rien d’autre que l’aspect sous lequel la collectivité prendrait conscience de sa propre réalité. Immanente par rapport au groupe, cette idée serait quand même transcendante, puisque la réalité sociale domine l’individu, lui préexiste, lui survit... La religion, ainsi comprise, serait purement affective, n’impliquerait aucune vue sur l’univers, se réduirait au sentiment de l’unité sociale.
Cette conception sociologique a été fort discutée. A supposer qu’elle contienne une part de vérité, elle est vraiment trop exclusive. C’est toujours (nous avons eu l’occasion de le dire, déjà) une source d’illusions que de prétendre donner une seule « cause » à des faits, de ne retenir qu’un seul élément... Comment peut-on penser, notamment, que nos lointains ancêtres soient demeurés indifférents à la nature au sein de laquelle ils vivaient ? Comment, — l’anthropomorphisme aidant, qui est presque invincible chez les humains
— n’auraient-ils pas prêté des intentions bonnes à ce qui les favorisait, méchantes à ce qui leur était une inquiétude, un danger ?
Les plus anciens documents historiques attestent que l’adoration du Soleil (jointe, dans la religion védique au culte du feu) fut très répandue en tous pays. L’étymologie des mots Dieu (sanscrit dif ou div : le brillant, l’éclatant), theos (grec theein : effectuer un parcours) est, à cet égard, significative. Max Müller (1823-1900) et d’autres historiens ont insisté avec raison sur cette idée.
Mais, de toute façon, ni l’Histoire, ni la Sociologie ne sauraient, à notre avis, rendre compte exactement de l’idée de Dieu, telle qu’elle se rencontre dans des religions révélées, chez des peuples civilisés.
On peut simplement, avec G. Belot (lect.) discerner trois sources,
— nous préférons dire trois aspects — de l’idée de Dieu : aspects populaire, philosophique, mystique.
Au second aspect, se rattacherait, indirectement, la théologie.
II. — LA THÉODICÉE.
Primitivement, chez Leibniz, ce terme désigne une sorte de justification, de « plaidoyer » (dikè, en grec = le procès, la cause plaidée) destiné à défendre Dieu, si l’on peut dire, contre les arguments tirés de l’existence du mal dans le monde. Puis, en France, le mot a servi pour désigner l’une des parties du cours de philosophie (Programme du 10.VII.1863) comprenant notamment • preuves de l’existence de Dieu ; attributs de Dieu ; preuves de l’immortalité de
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«
L'IDÉE
DB DIEU.
-KANT
267
l'â me •, etc ...
Ce qui est resté classique aujourd'hui (et parfois demandé
à l' examen) ce sont les preuves de l'existence de Dieu, -et la discussion
de ces preuves, en particulier par Kant.
III .
- LES ARGUMENTS CLASSIQ UES;
Ce que l'on appelle les «preuves • de l'existence de Dieu, ce sont
plus exactement des • arguments •.
Des auteurs catholiques, comme
Ch.
Dunan ou le Rév.
P.
Foulquié nous en avertissent eux-mêmes.
« La
conclusion du raisonnement s'y présente normalement avant les
prémisses qui la justifient ...
La théodicée est plutôt la rationalisation
ultérieure d'une croyance préalable • (R.
P.
Foulquié, cf.
lect., p.
318 ) ...
Ce ne sont pas des démonstra tions, dit Ch.
Dunan, «sans quoi l'on· ne
comprendrait pas qu'il y eût des incrédules » ...
Argument métaphysique a priori, reposant sur l'idée de parfait ou
d'i nfini : l'ar gument ontologique, formu lé par saint Anselme et repris par
Descartes, sous une forme légèrement différente.
Dieu étant défini
comme parfait, est forcément existant.
Cet argument serait étrange
si l'on se plaçait sur le plan du principe de non-con tradiction.
Mais
saint Anselme partait d'un principe selon lequel la certitude d'existence
se mesure par le degré de perfe ction.
D'autres arguments sont a posteriori :
l'ar gument cosmologi que, fondé sur le principe de C\lusalité appliqué
au monde extérieur.
Le monde existe.
Or, il ne saurait exister par
lui-même.
Il a donc un auteur capable d'exister en soi et par soi.
Cet
auteur ne peut être que Dieu ;
l'ar gument téléologique se rappro che beaucoup du précédent ; il est
tiré de l'ordre, de l'harmonie du monde (cf.
Voltaire : «L 'univers
m'embarrasse et je ne puis songer - que cette horloge existe et n'ait
point d'horloger ») ;
l'ar gument psychologique est tiré du «consentement universel».
Tous
les peuples ont, plus ou moins nettement, cru en des dieux ou en un
Dieu ...
IV.
KANT CRITIQUE CES ARGUMENTS ET NE
CONSE RVE QUE L'ARGUMENT MORAL.
Après I760, sous l'influence des moralistes anglais et surtout de
].-].
Rousseau, KANT, d'abord fidèle au leibn izianisme, soutient
désormais que la croyance en Dieu et en la Providence ne saurait
dépendre d'une démonstra tion métaphysique.
L'affirmation de Dieu
et de la vie future s'appuie sur la moralité ; elles sont l'ob jet d'une foi
morale, loin d'être l'objet, d'une • démonstration •.
Toute prétention
à connaître les choses en soi (qu'il s'agisse de l'âme, du monde ou de
Dieu) repose sur une illusion.
·
La théologie rationnelle emploie pour « prouver » l'existence de
Dieu, des arguments qui ne sont pas concluants : l'ar gument onto
log ique, soutien plus ou moins caché de tous les autres , prend à tort.
»
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