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L'ÉTUDE LITTÉRAIRE Un exemple d'application Queneau" Si tu t'imagines•• 1947 Si tu t'imagines si tu t'imagines fillette, fillette si tu...

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« L'ÉTUDE LITTÉRAIRE Un exemple d'application Queneau" Si tu t'imagines•• 1947 Si tu t'imagines si tu t'imagines fillette, fillette si tu t'imagines sxa va xa va xa va durer toujours la saison des za la saison des za saison des amours 11 ce que tu te goures fillette fillette ce que tu te goures Si tu crois petite si tu crois ah ah i;que ton teint de rose ta taille de guêpe tes mignons biceps tes ongles d'émail ta cuisse de nymphe 211et ton pied léger si tu crois petite xa va xa va xa va durer toujours ce que tu te goures isfillette fillette ce que tu te goures les beaux jours s'en vont les beaux jours de fête soleils et planètes 1otournent tous en rond mais toi ma petite tu marches tout droit vers sque tu vois pas très sournois s'approchent .isla ride véloce la pesante graisse le menton triplé le muscle avachi allons cueille cueille -1ules roses les roses roses de la vie et que leurs pétales soient la mer étale de tous les bonheurs -1sallons cueille cueille si tu le fais pas ce que tu te goures fillette fillette ce que tu te goures © Éditions Gallimard Questions Première partie.

Questions d'observation (8 points) 1.

Étudiez la forme poétique de ce texte. 2.

Quelles remarques faites-vous sur l'ordre des mots dans les vers 34-38 ? J.

Relevez et commentez une métaphore. �--------------------• • · ••• Méthode xième partie.

Questions de commentaire (12 points) 0 uel thème traditionnel du lyrisme est développé dans ce poème ? ous montrerez avec quelle fantaisie le poète a su renouveler ce thème. LIRE ET INTERROGER LE TEXTE • Le thème est la fuite du temps (oppositions jeunesse / vieillesse, homme mortel / nature éternelle, carpe diem). • Le genre : un poème. • Le type : descriptif (beauté / laideur) et argumentatif (conseil). • La tonalité : lyrisme tempéré par l'humour. • L'énonciation : un dispositif classique, où le poète s'adresse à une jeune et belle fille. Hypothèses (données par les questions de commentaire) • Queneau s'inscrit dans la tradition d'un grand thème lyrique : la fuite du temps et le carpe diem. • Il le renouvelle par son humour et ses jeux poétiques. ANALYSER LE TEXTE ET RÉPONDRE AUX QUESTIONS o' OBSERVATION • Le jeu verbal (orthographe phonétique, mélange des registres). • Le jeu grammatical (incorrections familières) et la construction du texte (hypothèses puis impératif). • Les métaphores sur le corps féminin et le cours de la vie. • La forme poétique (vers de cinq syllabes, rimes irrégulières, enjambements, ponctuation absente, refrain). • La tonalité humoristique (fantaisie, cruauté, jeux verbaux, jeu avec les clichés). • L'intertextualité (références à Homère, Horace, Ronsard). 1.

ttudiez la forme poétique de ce texte. Ce poème est composé de 49 vers de cinq syllabes disposés selon un jeu très libre : si l'on perçoit un refrain dans la reprise conclusive de trois vers, en trois occurrences, on constate qu'il ne détermine pas de strophes, puisque les trois groupes ont respectivement 12, 14 et 25 vers ; de même, la disposition des rimes semble capricieuse, et tous les vers ne riment pas.

Par ailleurs, la fluidité du poème est accentuée par l'absence de ponctuation, de majuscules, de découpage graphique en strophes et par la multiplication des �---------------------• • · • • •----------- Méthode enjambements: rien n'arrête le mouvement du poème, comme rien n'arrête celui du temps. 2.

Quelles remarques faites-vous sur l'ordre des mots dans les vers l4-l8? !:inversion du quadruple sujet des vers 34-38 (/a ride véloce/ la pesante graisse/ Je menton triplé/ Je muscle avachi) s'accompagne de l'antéposition d'un adjectif attribut (très sournois) : ce mouvement, qui construit la phrase en cadence majeure, traduit la métamorphose physique qui, au bout du chemin, guette la jeune fille ; il épouse aussi bien la continuité du temps que le poids des ans. l.

Relevez et commentez une métaphore. Le poème métaphorise à la fois la beauté féminine (guêpe, émail, nymphe) et l'écoulement de la vie (saison, tu marches).

Une image réunit les deux thèmes, celle de la rose, que l'on retrouve aux vers 15 (ton teint de rose) et 39-41 (cueille/ les roses les roses/ roses de la vie), métaphore filée par le mot pétales au vers suivant.

Queneau reprend ici la double symbolique chère à Ronsard : la rose est l'emblème à la fois de la beauté féminine et de la fragilité de toute beauté. DÉGAGER DES AXES DE LECTURE 1.

Quel thème traditionnel du lyrisme est développé dans ce poème? • Le thème est la fuite du temps (oppositions, carpe diem). • Le genre : un poème de la fluidité (vers de cinq syllabes, enjam­ bements, ponctuation absente, refrain). • Le texte est de type argumentatif (conseil) : d la construction du texte (hypothèses puis impératif). • La tonalité est lyrique: d les métaphores sur le corps féminin et le cours de la vie. • !:énonciation: un dispositif classique, où le poète s'adresse à une jeune et belle fille : cruauté et conseils. 2.

Vous montrerez avec quelle fantaisie le poète a su renouveler ce thème. • Le jeu verbal (orthographe phonétique, mélange des registres). • Le jeu grammatical (incorrections familières). • • •------------Méthode • La forme poétique. • La tonalité humoristique (fantaisie, cruauté, jeux verbaux, jeu avec les clichés). • l'.intertextualité (références à Homère, Horace, Ronsard). CONSTRUIRE LE DÉVELOPPEMENT 1.

Présentation du thème. a.

l'.énonciation met en lumière trois contrastes : ignorance / savoir, jeunesse / vieillesse, homme mortel / nature éternelle. b.

La forme poétique concrétise le thème de la fuite du temps et de la fluidité. c.

Le carpe diem tempère cette cruauté : image de la rose et conseil épicurien. 2.

Renouvellement du thème. a.

Le poète joue avec la tradition : l'intertextualité. b.

Le poète joue avec la langue : registres, orthographe. c.

Le poète joue avec la tonalité : l'humour. RÉDIGER LE DÉVELOPPEMENT [1.] D'Horace à Apollinaire, la fuite du temps est un lieu commun du lyrisme : Queneau en fait le thème de son poème « Si tu t'imagines », et il en développe les motifs et la leçon philosophique. l'.énonciation choisie est caractéristique de ce traitement : le poème se présente, comme dans « Mignonne », de Ronsard, comme une adresse à une jeune beauté.

Il se développe ainsi sur une double opposition : entre l'ignorance de la jeune femme - ce que tu te goures - et le savoir du poète ; entre la beauté présente, chantée dans le blason des vers 15-20, et la décrépitude annoncée des vers 34-38.

Non seulement le temps s'écoule mais il détruit.

La complaisance féroce avec laquelle le poète joue de la pesante graisse contre la taille de guêpe, des muscles avachis contre le mignon biceps n'est guère tempérée par un autre contraste : la précarité de la condition humaine, qui marche tout droit vers ce qu'elle ne voi[t] pas, est mise en évidence par son opposition au mouvement éternel de la nature, soleils et planètes qui tournent tous en rond. Ce mouvement inexorable, cette fuite insaisissable sont soulignés par la forme poétique.

La brièveté et le déséquilibre du pentasyllabe, vers �---------------------• • · •••------------Mé�ode impair, le désordre des rimes, l'omniprésence des enjambements (tu marches tout droit/ vers sque tu vois pas), soulignée par l'absence non seulement de ponctuation mais aussi de majuscules en tête de vers, tout contribue dans le choix de l'écriture poétique à une fluidité symbolique, que seul vient interrompre le leitmotiv d'un refrain­ constat : ce que tu te goures. Pourtant, comme le veut la tradition lyrique, le poète oppose à ce constat tragique une forme d'espoir, qui tient en une image et un conseil. !'.image est celle de la rose, qui symbolise à la fois la fraîcheur de la jeune fille, au teint de rose, et les bonheurs de la jeunesse, les roses roses de la vie.

Cette fleur est l'emblème, popularisé par Ronsard, de la beauté éphémère.

Elle concrétise ainsi poétiquement le mot d'ordre épicurien carpe diem, « cueille le jour •, auquel Queneau se réfère clairement en employant le verbe seul, et répété, au vers 40 : allons cueille cueille.

Les dix derniers vers, avec leurs impératifs pressants et le jeu métaphorique qui conduit des roses aux bonheurs, métamorphosent, comme les sonnets ronsardiens, la méditation sur la fuite du temps en une invitation à jouir de la vie. (2.) Queneau, poète savant et malicieux, renouvelle le topos lyrique de la fuite du temps, en jouant avec la tradition, la langue et la tonalité. Queneau aime en effet à se souvenir de ses prédécesseurs, d'abord du plus grand de tous, Homère, à qui il emprunte, en la mettant au singulier, l'épithète d'Achille aux pieds légers, mais aussi de Ronsard, qui invitait Hélène à cueill[ir] dès aujourd'hui les roses de la vie, et dont la Mignonne est rebaptisée fillette.

l'.intertextualité joue ici avec le thème - tout passe, sauf peut-être des vers, des fragments épars de beauté littéraire - en même temps que ces clins d'œil établissent une connivence avec le lecteur cultivé. Tout passe, tout change et notamment la langue.

Queneau en joue en virtuose en mélangeant les registres : au langage courant (tu t'imagines, tu marches tout droit), il mêle des mots plus relevés, comme nymphe, emprunté à la mythologie, ou l'adjectif étales; mais surtout il puise dans le registre familier, avec des marques tant lexicales (tu te goures) que syntaxiques, dans l'exclamation ce que tu te goures ou les négations sque tu vois pas, si tu le fais pas. Cet effet d'incongruité est renforcé par l'emploi inattendu de l'écriture phonétique : les vers 5, 7 et 8 contiennent d'étranges monosyllabes, résultant d'une contraction (xa pour qu'ça, que ça) ou transcrivant une liaison, contrairement à l'usage (la saison des za).

Les répétitions des �---------------------• • · • • •------------Méthode vers 5 à 7 donnent l'impression d'un disque rayé et rappellent que la langue est matière sonore et ludique. Mais l'originalité du poème tient surtout aux dissonances introduites par divers procédés comiques.

Aux images les plus conventionnelles (ton teint de rose), l'auteur mêle joyeusement des trouvailles inattendues (ongles d'émoi/) ou cocasses (la ride véloce) ; il joue sur les mots (les roses roses de la vie) ; il traite enfin sur le mode humoristique tant la révolution des astres (tourn[ant] tous en rond) que la beauté féminine aux mignons biceps, allant jusqu'à la caricature pour évoquer l'horreur de la vieillesse au menton triplé.

Si l'emploi délibéré de constructions symétriques, de répétitions et surtout du refrain renforce incontestablement cet humour, ces divers moyens rythmiques sont aussi destinés à imprimer avec force dans la cervelle d'une jeune naïve (tu marches tout droit vers sque tu vois pas) le conseil épicurien qui marque l'aboutissement du poème. Raymond Queneau traite un sujet grave avec légèreté et fantaisie.

Or tout porte à croire que ce badinage est plus efficace que le ton sentencieux, d'autant que le poète s'est ingénié à utiliser le langage de celle à qui il s'adresse. LE COMMENTAIRE COMPOSÉ Un exemple d'application Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, 1, v, 1812 Dans le premier livre des Mémoires d'Outre-tombe, François-René de Chateaubriand (1768-1848) retrace son enfance bretonne.

Il évoque ici les jeux inspirés par un camarade espiègle, Gesril, sur la grève de Saint-Malo. Nous étions un dimanche sur la grève, à l'éventail de la porte Saint-Thomas 1 à l'heure de la marée.

Au pied du château et le long du Sillon 1, de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle.

Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux 5 pour voir passer au-dessous de nous les premières ondulations du �---------------------• • · • • • ------------Méthode flux.

Les places étaient prises comme de coutume; plusieurs petites filles se mêlaient aux petits garçons.

J'étais le plus en pointe vers la mer, n'ayant devant moi qu'une jolie mignonne, Hervine Magon, qui riait de plaisir et pleurait de peur.

Gesril se trouvait à l'autre bout 1odu côté de la terre.

Le flot arrivait, il faisait du vent; déjà les bonnes et les domestiques criaient : « Descendez, Mademoiselle ! descen­ dez Monsieur ! » Gesril attend une grosse lame: lorsqu'elJe s'en­ gouffre entre les pilotis, il pousse l'enfant assis près de lui ; celui-là se renverse sur un autre; celui-ci sur un autre: toute la file s'abat 15 comme des moines de cartes2, mais chacun est retenu par son voi­ sin; il n'y eut que la petite fille de l'extrémité de la ligne sur laquelJe je chavirai qui, n'étant appuyée par personne, tomba.

Le jusant3 l'entraîne; aussitôt mille cris, toutes les bonnes retroussant Jeurs robes et tripotant dans la mer, chacune saisissant son magot4 et 2olui donnant une tape.

Hervine fut repêchée; mais elle déclara que François l'avait jetée bas.

Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe ; je cour me barricader dans la cave de la maison: l'armée femelJe me pourchasse.

Ma mère et mon père étaient heureusement sortis.

La Villeneuve5 défend vaillamment la porte et soufflette ,, l'avant-garde ennemie.

Le véritable auteur du mal, Gesril, me prête secours: il monte chez lui, et avec ses deux sœurs jette par les fenêtres des potées d'eau et des pommes cuites aux assaillantes. Elles levèrent le siège à l'entrée de la nuit ; mais cette nouvelle se répandit dans la viile, et le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans, passa pour un homme atroce, un reste de ces pirates dont saint Aaron avait purgé son rocher6. 1.11 s'agit desfortificatio11s de Sai111-Malo. 2.

Comme des châteaux de cartes. 3.

Le reflux. 4.

Le ten11e, qui s'applique à u11e sorte de singe, désig11e ici les enfants. 5.

Nourrice de l'auteur. 6.

Ce rocher est une île, face à l'embouchure de la Rance, sur l'actuel site de Sai111Malo: l'ermite Aaro11.... »

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