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Les personnages La pièce comporte quatre personnages. Garein, Inès et Estelle en sont les figures principales. On ne saurait pour­...

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« Les personnages La pièce comporte quatre personnages.

Garein, Inès et Estelle en sont les figures principales.

On ne saurait pour­ tant négliger le«garçon d'étage», dont le rôle, certes très secondaire, n'en est pas moins intéressant.

Aucun d'eux ne se connaît avant qu'un hasard apparent les réunisse en enfer.

En cherchant les raisons secrètes qui ont pu moti­ ver leur réunion, ils vont progressivement se découvrir. Chez eux, l'être (ce qu'ils sont vraiment) ne correspond pas nécessairement au paraître. GARCIN «Publiciste et homme de lettres» (p.

24) : ainsi se pré­ sente le premier des trois damnés.

«Publiciste», c'est-à­ dire journaliste politique, Garein cultive de lui une image flatteuse.

Écrivain engagé, mort pour ses idées pacifistes, il se croit un héros qui a tout sacrifié à son idéal.

Et pour mieux le croire, il veut le faire croire aux autres.

Ses actes et ses réactions prouvent le contraire.

Garein n'est qu'un lâche, qui refuse d'admettre qu'il a fait un mauvais usage de sa liberté. Le choix de la lâcheté • Un comportement dicté par la peur Dès son entrée en scène, Garein se trahit.

Sa nervosité mal maîtrisée, sa colère quand il reproche au garçon de n'avoir pas de brosse à dents à sa disposition, et sa fureur lorsqu'il frappe sur les bras du fauteuil démentent l'indiffé­ rence qu'il affecte à son arrivée en enfer (scène 1 ). L'homme est incapable de se dominer. Sa peur est si visible qu'Inès la remarque d'emblée. Garein a beau nier, les tics de son visage confirment l'épouvante qui l'habite : «Vous n'avez pas le droit de m'infliger le spectacle de votre peur» (p.

26), lui dit Inès. Tout ce que.

bribe après bribe, Garein révèle de -son passé corrobore d'ailleurs sa lâcheté.

Il ne s'est pas opposé à la guerre comme d'abord il le prétend (p.

40); il s'est enfui (p.

80).

Sa fin ne fut pas héroïque comme il l'espérait.

Victime d'une « défaillance corporelle» (p.

80) devant le peloton d'exécution, Garein est mort en lâche. • Le refus de s'anumer Sa lâcheté ne provient ni d'un naturel peureux, ni d'un tempérament craintif, ni d'aucune disposition de caractère. Sartre ne croit en effet pas plus en l'hérédité qu'en la psychologie.

qu'il considère comme des explications trop commodes.

Libre.

totalement libre (voir ci-dessous, p.

31 ), l'homme ne naît pas peureux, ni d'ailleurs courageux.

li le devient.

Comme Sartre l'écrit dans L'Existentia/isme est un humanisme: « Ce qui fait la lâcheté, c'est l'acte de renoncer ou de céder, un tempérament ce n'est pas un acte; le lâche est défini à partir de l'acte qu'il a fait 1.» Or les actes de Garein témoignent de son refus à assumer les situations dans lesquelles il s'est trouvé.

Garein a opté pour le pacifisme.

Il était libre de faire ce choix comme il l'aurait été d'en faire un autre.

Mais, après l'avoir fait, il devait s'y tenir une fois pour toutes.

Celui qui prétend choisir sa vie, doit assumer son choix, y compris jusqu'à la mort. La liberté telle que la conçoit Sartre s'avère donc d'une exigence redoutable.

Elle appartient tout entière à l'homme, et non à Dieu.

C'est la signification même du mythe des Mouches, où Jupiter admet que toute nécessité morale, politique ou religieuse disparaîtrait si les hommes « connaissaient le secret douloureux des Dieux et des rois : c'est que les hommes sont libres i, 2. Mais cette liberté n'est pas permission de faire n'importe quoi.

De même que nos engagements et nos choix donnent un sens au monde3 et donc à notre propre vie, de même ils définissent un type de relations avec autrui.

En se construisant par ses actes, l'homme participe à la 1.

Sartre, L'Existentialisme est un humanisme (Paris, Nagel, 1946, p.

60}. 2.

Sartre, Les Mouches (Gallimard, «Folio».

p.

200, acte Il, scène 5). 3.

Selon Sartre, le monde ne possède pas de sens ni de signification a priori puisqu'aucun Dieu n'existe; c'est donc à chaque homme qu'il appartient de le doter d'un sens. 20 construction du monde.

« Quand nous disons, précisera d'ailleurs Sartre 1, que l'homme est responsable de luimême, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes.

» Il s'ensuit que l'acte fondateur par lequel un individu décide de justifier son existence doit prendre en compte les intérêts (moraux ou politiques) de la collectivité.

Les actes ne possèdent pas tous la même valeur.

A chacun, dans la situation qui est historiquement la sienne, de témoigner d'une lucidité intellectuelle suffisante pour ne pas se tromper2. A cette exigence première qu'implique la liberté sartrienne s'en ajoute une seconde.

On ne peut changer d'actes fondateurs selon les circonstances.

Une fois clairement effectué, ce choix est définitif3.

Selon Sartre, Garein n'était pas libre de fuir.

Non seulement parce qu'il a trahi ses propres engagements, mais aussi parce qu'en fuyant il a trahi la cause (le pacifisme) qu'il incarnait.

Il s'est luimême exclu des valeurs que son libre choix avait prétendu faire siennes.

Il a préféré se soumettre à la nécessité plutôt que de rester jusqu'au bout fidèle à ses idées.

Peutêtre aurait-il été tout de même fusillé, mais en homme mourant pour ses convictions, non comme un déserteur. Comme le lui objecte Inès, « seuls les actes décident de ce qu'on a voulu» (p.

90).

Garein a décidé de sa lâcheté.

Il est consciemment devenu un peureux. Un mauvais usage de la liberté Garein ne peut toutefois admettre cette vérité.

Aussi témoigne-t-il d'une mauvaise foi permanente pour mieux se la masquer. 1.

Sartre, L'Existentialisme est un humànisme (Paris, Nagel, 1946, p.

24). 2.

Sartre admet bien que la société peut totalement aliéner la liberté d'un être et donc sa capacité d'analyse.

Mais Huis clos n'envisage pas cette situation.

Sartre le fera dans d'autres pièces comme La Putain respectueuse. 3.

Il n'existe donc pas pour Sartre de libertés successives.

Le choix, une fois posé (et à condition qu'il soit effectué en fonction de la responsabilité de l'individu à l'intérieur de la collectivité), a par la suite valeur d'engagement définitif. 2"'1 • Une mauvaise foi permanente La conscience de sa lâcheté lui est insupportable.

Garein ruse en conséquence.

Il s'est construit un monde imaginaire, fait d'excuses et d'alibis.

Lui-même l'avoue presque ingénument, quand il juge détestable le style du mobilier de la pièce où le « garçon » vient de l'introduire.

« Après tout, dit-il, je vivais toujours dans des meubles que je n'aimais pas et des situations fausses; j'adorais ça» (p.

14). Accepter une situation fausse, c'est se résigner à mentir et à ruser avec la vérité.

Garein l'accepte d'autant plus facilement qu'il est lui-même une situation fausse : n'affectet-il pas la bravoure pour se cacher sa peur? • Une fuite hors du réal Il n'est pourtant pas toujours possible de mentir et de se mentir à soi-même.

Garein réagit alors violemment.

Il menace Inès, lui ordonne de se taire lorsque celle-ci s'apprête à dire la vérité, à savoir qu' « on ne damne jamais les gens pour rien» (p.

40).

Pour échapper aux questions de plus en plus pressantes de la jeune femme, Garein crie, veut se faire ouvrir la porte (p.

85). Son agressivité, verbale et physique, obéit à un désir de supprimer les obstacles, non de les surmonter.

Comme s'il suffisait de crier ou de frapper pour faire qu'une vérité cesse d'être une vérité! Le comportement de Garein s'apparente à ce que Sartre appelle une « conduite magique » 1, c'est-à-dire la croyance illusoire qu'on peut par un tour de passe-passe modifier le réel. • Un sadisme compensatoire 2 Comme il ne peut admettre que, par sa tentative de fuite à l'étranger, il a trahi son idéal pacifiste, Garein a cherché une compensation à son manque de courage.

À défaut d'être un héros, il s'est affirmé sur les autres, en les faisant souffrir et en y prenant un certain plaisir.

Garein a réduit sa femme en esclavage.

li l'a trompée, ouvertement humiliée, contrainte de recevoir ses maîtresses (p.

53-54).

Garein s'est comporté en bourreau, trouvant dans la torture morale 1.

Voir Sartre, Esquisse d'une théorie des émotions (Paris, Hermann, 1939, p.

43).

Voir ci-dessous, p.

41. 2.

Sadisme : déviation sexuelle consistant à prendre plaisir d'une cruauté infligée au partenaire. 22 qu'il infligeait à autrui la justification dérisoire de son existence.

Il était enfin le maître. Un personnage négatif Le vocabulaire dont use Garein révèle et résume à la fois sa faillite morale.

Celui-ci passe en effet son temps à dire non ce qu'il est, mais ce qu'il n'est pas.

La négation est son mode préféré d'expression.

En voici quelques exemples: « Je ne suis pas le bourreau, madame » (p.

27). « Je ne suis pas très joli» (p.

53). « Je ne suis pas un petit niais et je ne danse pas le tango» (p.

73). «Je ne suis pas un gentilhomme et je n'aurai pas peur de cogner sur une femme» (p.

75). Ses tics de langage sont aussi significatifs que les tics apeurés de son visage.

La lâcheté l'ayant empêché de devenir le héros qu'il rêvait d'être, Garein ne peut se définir positivement.

En lui habite ce lâche qu'il veut nier et oublier.

L'«enfer», c'est d'abord cet autre qu'il;a été et qu'il ne reconnaît pas.

Aussi s'affirme-t-il sous forme négative. ESTELLE La vie d'Estelle ressemble à celle d'un personnage de mélodrame 1.

« Orpheline et pauvre» (p.

39), elle a épousé un homme âgé et riche.

Socialement, son mariage l'a fait accéder à la bourgeoisie.

Bénéficiant d'une vie aisée qui l'a éblouie, elle n'accorde d'importance qu'aux apparences confortables et rassurantes. Un être superficiel Comme Garein, Estelle se révèle tout entière dès son entrée en scène.

Tout se passe comme si son arrivée en enfer éclairait d'un seul coup sa personnalité.

Celle-ci se définit par son inconsistance et par sa fausse morale. l 1.

Un mélodrame est une œuvre de théâtre mettant en scène des personnages simples, des sentiments violents, avec une volonté d'apitoyer le spectateur. 23 • Une jeune femme inconsistante Estelle refuse d'emblée d'affronter la situation infernale qui est désormais la sienne.

Sa coquetterie en apporte une première preuve.

La couleur des canapés (p.

28) et la perfection de son maquillage (p.

45) la préoccupent davantage que sa situation.

Ses précautions verbales témoignent de sa frivolité.

Ne préconise-t-elle pas l'emploi, pour plus de correction, pour plus de précaution, du mot « absent » au lieu de «mort» (p.

31)? Comme si «mort» était une grossièreté indécente entre gens bien élevés ! Ses caprices montrent enfin qu'elle entend vivre en « enfer» comme elle a vécu sur terre, c'est-à-dire sans réfléchir ni mesurer la responsabilité de ses actes : « Je ne peux pas supporter qu'on attende quelque chose de moi.

Ça me donne tout de suite envie de faire le contraire» (p.

37). Aussi est-elle sans épaisseur ni vie intérieure.

« Tout ce qui se passe dans les têtes est si vague, ça m'endort» (p.

44). Sans caractère ni volonté, elle est sans conscience.

Son nom suggère sa superficialité: Estelle peut s'écrire:« Est-elle?». • Une fausse morale Du même coup, elle ne se sent ni coupable ni responsable de quoi que ce soit.

Tout s'explique par la force des choses.

La nécessité a commandé son mariage : « J'étais orpheline et pauvre, j'élevais mon frère cadet.

Un vieil ami de mon père m'a demandé ma main.

Il était riche et bon, j'ai accepté» (p.

39).

Le coup de foudre, lui-même présenté comme une fatalité, justifie son adultère : « Il y a deux ans, j'ai rencontré celui que je devais aimer.

Nous nous sommes reconnus tout de suite» (p.

39). Qu'elle fût libre de ne pas se marier puis de divorcer, Estelle n'y songe pas un instant.

Elle place sa vie sous le signe d'un déterminisme, qu'elle colore de surcroît à son avantage.

N'explique-t-elle pas qu'elle a sacrifié sa «jeunesse à un vieillard», qu'elle a soigné son frère malade (p.

39)? Aussi ne se sent-elle responsable de rien.

Pas même de l'infanticide qu'elle a commis, ni du suicide de son amant. Sa logique est aussi implacable qu'immorale.

Puisqu'elle ne voulait pas divorcer, il convenait de cacher l'enfant né de sa liaison.

De le cacher à le faire disparaître, la nuance est mince pour Estelle.

À ses yeux, la faute ne réside pas 24 dans l'acte qui l'instaure mais dans le scandale qu'elle provoque.

Or, précise-t-elle.

« personne n'a rien su» (p.

61). Le suicide de son amant était donc stupide, puisque son «marine s'est jamais douté de rien» (p.

62). Estelle évolue dans un monde fondé sur la seule valeur de l'apparence.

Il s'agit de faire « comme si ...

».

Comme si elle n'était pas coupable.

Comme si elle ne.... »

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