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Le siècle de la raison? La raison est la notion centrale du siècle des Lumières. Définie comme la faculté de...

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« Le siècle de la raison? La raison est la notion centrale du siècle des Lumières. Définie comme la faculté de saisir de façon méthodique des rapports logiques entre les notions et les faits, en établissant preuves et démonstrations, elle se spécialise au xvm e siècle pour désigner l'ensemble des acquis de la philosophie des Lumières contre le fanatisme et la superstition 1• La raison devient souveraine : les philosophes placent leur confiance en elle, et l'ap­ pliquent à de nombreux domaines qui lui étaient étrangers jusque-là, comme la politique, l'économie, la société ou même la religion, champ traditionnel de la foi.

C'est donc d'abord sa définition qu'il faut envisager, telle qu'elle apparaît dans l'Encyclopédie sous la plume de Diderot.

Elle est même considérée par les Lumières comme le véritable moteur du progrès : l'histoire de la raison, dans !'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain de Condorcet, se confond avec celle de l'humanité.

C'est bien dans cette optique que se situe le projet de l'Encyclopédie : véritable mise en pra­ tique de la raison, il avait aussi et surtout pour but d'améliorer le sort de l'homme 2• Un tel sacre de la 1.

Voir, sur l'évolution complexe du mot, l'article «raison» du Dictionnaire historique de la Languefrançaise, éd.

Le Robert, dirigé par Alain Rey. 2.

D'Alembert définitl'Encyclopédie, dans son «Discours prélimi­ naire», comme «cette partie de nos connaissances qui doit contribuer à nous rendre meilleurs ou plus heureux». Raison, pourtant, ne va pas sans remettre en cause les définitions traditionnelles du bien ou du mal : autant qu'instrument du progrès, la raison peut être au service de l'asservissement de l'autre, et se faire ainsi, comme chez Sade ou Laclos, moyen du crime. 1.

Définition de la raison Diderot, Encyclopédie, article «Raison», 1751-1766. Lorsque Diderot ( 1713-1784) définit la raison, il l'oppose d'une manière radicale à la foi; parce que l'une relève de la réflexion et de la logique, et l'autre de la croyance, elles n'ont pas la même valeur ni le même poids aux yeux du philo­ sophe.

On assiste donc, avec les philosophes des Lumières, à un déplacement de la norme du vrai : une conception ration­ nelle se substitue à une conception religieuse de la vérité révélée.

«Nous sommes homme� avant que d'être chré­ tiens», écrit Diderot: c'est en définitive la volonté de don­ ner l'autorité du vrai à l'homme (par la voie à la raison) plutôt qu'à l'Église (par la voie de la foi) qui se manifeste ici, et ce jusque dans les questions religieuses.

L'analyse critique de l'homme des Lumières doit donc s'étendre à tous les domaines de la pensée, y compris ceux de la croyance, puisque la raison est supérieure aux «révélations» de la théologie. Nulle proposition ne peut être reçue pour révéla­ tion divine, si elle est contradictoirement opposée à ce qui nous est connu, ou par une intuition immédiate, telles que sont les propositions évidentes par elles­ mêmes, ou par des déductions évidentes de la raison, s 10 15 20 comme dans les démonstrations 1; parce que l'évi­ dence qui nous fait adopter de telles révélations 2 ne pouvant surpasser la certitude de nos connaissances, tant intuitives que démonstratives, si tant est qu'elle puisse l'égaler 3, il serait ridicule de lui donner la pré­ férence [ ...

].

Il est donc inutile de prêcher comme articles de foi des propositions contraires à la percep­ tion claire que nous avons de la convenance ou de la disconvenance de nos idées 4• Par conséquent, dans toutes les choses dont nous avons une idée nette et dis­ tincte, la raison est le vrai juge compétentï et quoique la révélation en s'accordant avec elle puisse confirmer ces décisions, elle ne saurait pourtant dans de tels cas invalider ses décrets; et partout où nous avons une décision claire et évidente de la raison, nous ne pou­ vons être obligés d'y renoncer pour embrasser l'opi­ nion contraire, sous prétexte que c'est en matière de foi.

La raison de cela, c'est que nous sommes hommes avant que d'être chrétiens. 1.

Diderot définit ici les deux critères de la vérité : soit elle s'im­ pose d'elle-même, soit elle apparaît dans la rigueur logique et claire d'une démonstration.

Le point commun de ces deux modes d'accès à la vérité est l'évidence : dans un cas elle se donne d'elle-même par l'intuition, dans l'autre elle se construit par la démonstration. 2.

Il est ici question de l'évidence des «révélation[s] divine[s] », qui ne sont pas fondées en raison, mais qui relèvent seulement de la foi. 3.

Autrement dit, «si tant est que [l'évidence des révélations divines] puisse [ ...] égaler [la certitude de nos connaissances] ». 4.

On ne peut donc recevoir comme articles de foi des proposi­ tions qui ne vérifient pas les critères du vrai que la raison nous impose. 2.

La raison, moteur du progrès Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1795. Condorcet ( 1743-1794) est l'héritier des philosophes des Lumières : s'il a écrit certains articles de l'Encyclopédie, c'est surtout pendant la Révolution qu'il s'illustre.

Député à l'Assemblée législative, puis membre de la Converrtion, il ne peut résister à la Terreur: Mis hors la loi en octobre 1793, il est finalement arrêté et se suicide dans sa cellule le 29 mars 1794.

Pendant sa fuite, il a tout de même le temps de rédiger !'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, qui témoigne, malgré les circonstances tragiques dans les­ quelles il compose cet ouvrage, d'une véritable foi dans le progrès grâce à la raison.

Aux prises avec le développement le plus noir de l'idéal rationnel des Lumières, il reste donc paradoxalement fidèle à la tradition optimiste des Encyclopédistes. En Angleterre, Collins 1 et Bolingbroke 2, en France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu et les écoles formées par ces hommes célèbres combattirent en faveur de la vérité; employant tou� à tour toutes les armes que l'érudition, la philosophie, l'esprit, le talent d'écrire peuvent fournir à la raison; prenant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie jusqu'au pathétique, depuis la compila­ tion la plus savante et la plus vaste jusqu'au roman ou 1.

Collins : philosophe anglais (1676-1729) auteur, en 1713, d'un Discours sur la liberté de pensée. 2.

Bolingbroke: homme d'État et écrivain anglais (1678-1751) qui accueillit le jeune Voltaire pendant son exil en Angleterre. ,5 10 15 20 25 30 35 au pamphlet du jour; couvrant la vérité d'un voile qui ménageait les yeux trop faibles, et laissait le plaisir de la deviner 1; caressant les préjugés avec adresse pour leur porter des coups plus certains; n'en menaçant presque jamais, ni plusieurs à la fois, ni même un seul tout entier; consolant quelquefois les ennemis de la raison, en paraissant ne vouloir dans la religion qu'une demi-tolérance, dans la politique qu'une demi-liberté; ménageant le despotisme 2 quand ils combattaient les absurdités religieuses, et le culte 3 quand ils s'élevaient contre la tyrannie; attaquant ces deux fléaux dans leur principe, quand même ils paraissaient n'en vouloir qu'à des abus révoltants ou ridicules, et frappant ces arbres funestes dans leurs racines, quand ils semblaient se borner à en élaguer quelques branches égarées; tantôt apprenant aux amis de la liberté que la superstition qui couvre le des­ potisme d'un bouclier impénétrable est la première victime qu'ils doivent immoler, la première chaîne qu'ils doivent briser; tantôt au contraire la dénonçant aux despotes comme la véritable ennemie de leur pou­ voir, et les effrayant du tableau de ses hypocrites corn-: plots et de ses fureurs sanguinaires : mais ne se lassant jamais de réclamer l'indépendance de la raison, la liberté d'écrire comme le droit, comme le salut du genre humain; s'élevant avec une infatigable énergie contre tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie; poursuivant dans la religion, dans l'administration, dans les mœurs, dans les lois, tout ce qui portait le 1.

Notamment par l'usage de l'ironie, si l'on songe par exemple à Voltaire ou Montesquieu. 2.

Despotisme: pouvoir absolu et arbirr:aire d'un souverain. 3.

Culte: le mot est ici pris au sens d Eglise. caractère de l'oppression, de la dureté, de la barbarie; ordonnant, au nom de la nature, aux rois, aux guerriers, aux magistrats, aux préfets de respecter le sang des.... »

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