Devoir de Philosophie

La cérémonie tragique 7 - L'ART ET LE SACRÉ - Cérémonies et rites « La cérémonie est la formalisation d'un...

Extrait du document

« La cérémonie tragique 7 - L'ART ET LE SACRÉ - Cérémonies et rites « La cérémonie est la formalisation d'un acte qui peut être aussi bien religieux que profane.

Elle a pour but de solenniser un événement, d'en marquer l'importance devant une com­ munauté nombreuse ou restreinte.

Par cette formalisation toute cérémonie possède un caractère esthétique.

» Étienne Souriau. En d'autres termes, il y a cérémonie quand un acte se déroule non pas de façon spontanée ou improvisée, voire anarchique, mais en se conformant à un ensemble de règles, en suivant une progression fixée à l'avance, où chaque mouvement, chaque geste, chaque parole a une forme codifiée, une fonction assignée; rien n'y est laissé au hasard, tout a valeur de signe, de symbole. C'est le cas par exemple de la messe, de la célébration de Noël, du cérémonial de cour qui, autrefois, avait pour but d'ins­ pirer respect et vénération pour la personne du monarque (ainsi à la cour de Versailles, dont la pointilleuse «étiquette» transfor­ mait la vie de Louis XIV, depuis son lever jusqu'à son coucher, en un spectacle solennel). On voit par là que la cérémonie participe à la fois du sacré et de l'art, dans sa fascinante étrangeté, puisque le recours au rythme, à la danse ou à une sorte de ballet, à la musique, à la parure, à des paroles stylisées, engendre un rituel propre à mettre ceux qui officient et ceux qui regardent dans un état presque second, à susciter comme un frisson intérieur, et même un ravissement ou une exaltation. Ce n'est pas sans raison que l'on confond parfois la cérémonie avec un rituel: le "rite• est également la formalisation d'un acte, d'un geste, d'un langage; lui aussi possède un caractère répétitif et communautaire; religieux, il n'est pas une simple représentation, il est considéré comme efficace par lui-même; sa valeur est quasi magique et on ne peut ni le supprimer ni le déformer sans nuire à la validité de la cérémonie: le prêtre doit prononcer, à tel ou tel moment, telle ou telle parole, le fidèle s'agenouiller ou se lever...

Comme la cérémonie, le rite sacra­ lise, solennise, imprégné de beauté tout autant que de piété. Dans le même domaine on emploie le mot de liturgie pour dési­ gner l'ensemble des rites qui constituent un culte public - litur­ gies de l'Église catholique, de l'Église orthodoxe - et relèvent d'un art total, qui, avec ses prières, ses chants, ses encense­ ments, ses gestes solennels, s'adresse à tous les sens (la vue, l'ouïe, l'odorat, voire le goût, le toucher}, en une mystérieuse alchimie.

« Cérémonie, rite, liturgie", il y a là comme une constel­ lation de mots qui rendent on ne peut mieux compte de la repré­ sentation théâtrale en général, de la tragédie en particulier. • Les fastes tragiques Voilà donc qu'une communauté, plus ou moins importante, se réunit en un lieu donné, un bâtiment réservé à cet usage, pour assister ou plutôt participer à une représentation dramatique! On a vu (voir• La dramaturgie antique", p.

16) que, chez les Grecs, la tragédie se situait au carrefour du sacré et du profane, que c'était une cérémonie dans les deux sens du terme: un rituel religieux, civique, et une manifestation artistique.

Ce n'est pas un hasard si le mot grec de « liturgie• signifie en premier lieu "service public»; désignés d'office, les citoyens les plus riches équipaient à leurs frais les choristes et les acteurs.

Les représentations se déroulaient au cours de certaines fêtes reli­ gieuses, dans l'enceinte consacrée au dieu Dionysos. « Tous les Athéniens assistaient à ces solennités; les poèmes tragiques étant une forme de culte, aucun citoyen ne devait en être tenu à l'écart; les femmes même, que la vie antique confinait habituellement dans le gynécée, y étaient admises. Dans le cours du V' siècle, on institua des allocations qui per­ mettaient aux citoyens pauvres de payer les deux oboles exi­ gées à l'entrée.

» J.

Humbert et H.

Berguin. Et la différence ne devait guère être sensible entre une cérémo­ nie religieuse proprement dite et le savant rituel tragique, avec ses danses et ses déclamations, ses personnages hiératiques et ses paroles versifiées, sa progression dramatique codifiée et sa constante harmonie, son étrange beauté. Que se passera-t-il au XV118 siècle, quand la tragédie deviendra un spectacle purement profane, destiné à une élite, ou tout sim­ plement une œuvre littéraire? Une cérémonie encore se dérou­ lera, à divers titres.

Puisque les drames hantent les palais royaux, puisque les héros tragiques n'appartiennent pas au com­ mun des mortels, puisque ce ne sont que rois, reines, princes et princesses ou grands de ce monde- et les acteurs du temps portent le costume de cour; ils ont panaches de plumes, cui­ rasses dorées, lourdes robes à traînes-, c'est l'étiquette qui régit, sur le théâtre, leurs rapports, leurs paroles et leurs gestes. Le vouvoiement est de rigueur (sauf lorsque, chez Racine, la pas­ sion explose et fait tomber les masques), on échange des titres cérémonieux: «Sire...

Prince ...

Seigneur ...

Madame...»; et les protagonistes ne vont jamais ou rarement sans leurs ombres obligées, ces «confidents" ou «confidentes»; ces suivants qui ne sont pas là seulement pour écouter ou conseiller mais aussi pour marquer avec éclat le rang considérable de leurs maîtres. Une société monarchique et aristocratique- celle qui occupe les loges et qui donne le ton - se contemple, fascinée, dans le miroir flatteur de la tragédie: de part et d'autre de la rampe, le microcosme social et le microcosme théâtral, le «monde» et le noble «genre•, sont comme les reflets l'un de l'autre.

Et l'esthé­ tique est la même, à la ville (ou à la cour) et à la scène, qui privi- légie le grand et le majestueux, le solennel et le pompeux, le lan­ gage poétique ou délicat, les belles tirades et les passions extra­ ordinaires, les ornements de la rhétorique et les sentiments hors du commun.

La tragédie racinienne est, de ce point de vue, par­ ticulièrement significative: nourrie du modèle antique, toute bai­ gnée par la lumière du Roi-Soleil, elle ne cesse de tendre vers une ordonnance liturgique, jusqu'à restaurer les chœurs et la musique dans Esther et Athalie, les deux dernières.... »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓