Jean d'Ormesson s'attache à la définition de deux activités qu'il nous présente comme différentes, sinon opposées, en les confrontant. Il...
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Jean d'Ormesson s'attache à la définition de deux activités qu'il nous présente comme
différentes, sinon opposées, en les confrontant.
Il résume, en effet, la tâche du
journaliste et de l'écrivain en insistant non pas sur la forme de ces professions, mais sur
leur contenu.
Le journaliste a pour devoir d'informer rapidement son lecteur des
événements du moment, alors que l'écrivain a pour but de livrer l'essence des choses,
c'est-à-dire peindre la nature humaine.
Ainsi, à l'immortalité de l'oeuvre de l'écrivain
s'oppose le caractère éphémère de l'article du journaliste.
En utilisant une construction analogue, Jean d'Ormesson met en relief les verbes «passe»
et «dure», de même que «essentiel» répond à «urgent».
En conséquence, ces deux
métiers ont peu de chance de se rencontrer : tel est le raisonnement de Jean
d'Ormesson.
De quelle manière pouvons-nous justifier ce jugement, dans quelle mesure
devons-nous le nuancer ?
La tâche du journaliste est avant tout ingrate : il doit fournir un travail journalier, de
longue haleine, et surtout répondre aux impératifs de son métier, qui sont la base de
l'information; sa profession consiste à donner des nouvelles et cela dans de mauvaises
conditions ; il manque en effet de temps, et c'est dans la précipitation qu'il écrit son
article, limité dans le temps; limité dans le temps, il est aussi limité dans l'espace,
chaque mot est compté, son article doit remplir un certain nombre de lignes.
Cette
contrainte n'est pas négligeable.
L'actualité n'a de sens que si elle relate des événements
récents.
Ces obligations entraînent un manque de recul et donc de réflexion.
Les
informations sont faussées; l'exemple des récents affrontements entre le Vietnam et le
Cambodge le prouve.
Cette précipitation fait partie de la nature humaine, comme
Fontenelle dans La dent d'or nous le démontre en nous conseillant de nous assurer du
fait avant d'en aller rechercher la cause.
La demande d'une information immédiate explique qu'un journal n'a de valeur que le jour
de sa sortie ; il est ensuite jeté, oublié.
En réalité, peu de gens cherchent à approfondir
l'actualité; beaucoup sont lassés et réclament de nouveaux événements.
Or le journaliste doit plaire à son lecteur et une analyse complète, sur des sujets comme
l'économie ou l'idéologie, ennuie son lecteur.
Seules quelques personnes sont à même
d'apprécier pleinement une telle recherche.
Ainsi l'objectivité, la concision sont les
qualités requises du journaliste, mais non la réflexion.
Si le lecteur apprend l'existence d'un meurtre, il connaît les faits, les effets tragiques,
mais on ne donne nulle part une analyse ou une recherche approfondie des causes.
Ainsi
le journaliste nous livre une connaissance superficielle du monde où nous vivons.
Cependant, il ne faut pas enlever tous les mérites de sa tâche.
Elle donne en effet un
témoignage d'une époque et, si le journaliste ne fait pas de choix dans ce qu'il annonce,
c'est au lecteur d'analyser lui-même l'actualité et de discerner les faits importants.
De
cette manière le lecteur ne doit pas recevoir passivement les nouvelles, mais ajouter sa
réflexion à l'article qu'il lit, avec lucidité.
L'existence du journalisme est donc indispensable ^ pour acquérir la connaissance du
monde extérieur.
De son côté, l'écrivain nous permet de posséder une connaissance bien
plus nécessaire puisqu'il s'agit de la connaissance de soi-même.
L'écrivain a choisi, en
effet, de «posséder le monde,» en peignant notre nature.
Il rend compte, bien sûr à sa
manière, d'une époque, d'un état d'esprit, mais son appréhension du monde est plus
profonde : il ne se contente pas, en effet, de relater des événements, mais donne au
lecteur une vision propre de la réalité; ainsi il interprète, il imagine, afin de communiquer
une idée.
Malraux, par exemple, nous donne une vision singulière de la guerre; dans
Lazare il nous montre, en effet, une attaque par les gaz, mais tout au long de la
description de la métamorphose de la nature, le tableau qu'il nous peint devient
signifiant.
Nous percevons donc cet événement avec le recul de l'auteur qui nous amène
à réfléchir sur une forme de guerre.
Le passage qui nous informe va au-delà d'un article
objectif puisqu'il nous fait juger.
Il en est de même pour l'extrait du Livre des fuites de Le
Clézio : l'auteur, à l'aide de son art, nous informe de ce qu'est la vie moderne, mais
laisse un impact plus grand qu'un article, car nous apprécions sa qualité esthétique qui
enlève tout caractère péremptoire à son jugement.
Ces deux exemples nous montrent donc l'efficacité, l'impact que peut avoir une oeuvre
littéraire lorsqu'elle développe un sujet d'actualité.
L'écrivain ajoute en effet sa
sensibilité, son affectivité à....
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