INTRODUCTION Les recueils de poèmes ne rencontrent pas de nos jours, en librairie, le même succès que les romans ou...
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INTRODUCTION
Les recueils de poèmes ne rencontrent pas de nos jours, en librairie, le même succès que
les romans ou même les ouvrages historiques.
Toute une partie du public demeure
fermée au charme des vers, et cette méconnaissance n'est pas le propre de notre temps
: au XVIIIe siècle, les milieux cultivés n'étaient favorables qu'à la prose ; pourtant
d'Alembert écrivait dans ses Réflexions sur la poésie : « Quand on prend la peine de lire
des vers, on cherche et on espère un plaisir de plus que si on lisait de la prose ».
Le
début de cette phrase évoque les difficultés qui éloignent les lecteurs de la poésie ; mais,
tout mathématicien qu'il fût, d'Alembert sut discerner les impressions irremplaçables
qu'elle procure.
I.
LES DIFFICULTÉS DE LA POÉSIE
Un domaine peu accessible Au XVIIIe siècle, on se soucia beaucoup de définir la place de
la poésie dans la littérature.
Les conclusions des écrivains furent en général sévères, car,
à une époque où triomphait la philosophie, la forme littéraire pouvait paraître secondaire
; aussi la versification fut-elle considérée seulement comme une contrainte inutile, voire
dangereuse, dans la mesure où elle détourne l'écrivain et son lecteur de la pensée
rationnelle.
Des poètes même en vinrent à condamner leur art, et Houdart de la Motte
s'appliqua à démontrer la supériorité de la prose ; tous pensaient avec l'abbé de Pons
que la poésie était un « art frivole ».
Et bien que Voltaire écrivît certaines oeuvres
philosophiques ou polémiques en vers — Le Mondain par exemple — il ne put empêcher
le genre de tomber dans le discrédit.
La poésie didactique ne saurait en effet remplacer
la prose pour l'énoncé des idées ou des théories et sa valeur esthétique est très
discutable.
L'épopée, le drame en vers ne donnèrent lieu qu'à des oeuvres médiocres au
XVIIIe siècle.
Quant à la poésie lyrique, celle que nous considérons comme la meilleure
expression du genre, elle fut en général artificielle et futile.
De nos jours, ses adversaires
la considèrent comme ennuyeuse : les confidences amoureuses, les évocations de la
nature, les méditations sur la mort peuvent paraître vaines dans l'agitation de notre
monde.
L'inspiration même de l'oeuvre, toute subjective, la rend parfois impénétrable au
lecteur non préparé.
Aussi faut-il réagir contre une certaine paresse pour se tourner vers
ces textes qui ne « racontent » rien, et qui souvent aujourd'hui revêtent une forme
insolite.
Une forme peu accessible « II y a de la puérilité à gêner son langage », affirmait
Fontenelle, et cette contrainte formelle qui différencie totalement la poésie de la prose
éloigne d'elle un grand nombre de lecteurs.
Les phrases d'abord sont construites de façon
inhabituelle : les tournures elliptiques, les inversions, les invocations déconcertent, dans
les poèmes des siècles passés, un public habitué à la prose ; le découpage même imposé
par la rime rend plus difficile à saisir le fil d'une pensée sans cesse interrompue.
Et dans
les poèmes modernes, l'absence de ponctuation, la longueur variable des vers, les
appositions brutales donnent au texte un caractère hermétique.
Le vocabulaire ne facilite
pas la compréhension : jusqu'à la période romantique, les «mots nobles » sévissent dans
les vers ; et bien que Victor Hugo ait mis « un bonnet rouge au vieux dictionnaire », la
périphrase élégante, héritée des Précieux, reste en usage durant tout le XIXe siècle ; elle
disparaît avec Verlaine, mais la langue poétique n'en fut pas dépouillée pour autant de
ses difficultés : La Chanson du Mal Aimé d'Apollinaire suppose de la part du lecteur une
véritable érudition.
Et chez Mallarmé, comme chez Valéry, la langue poétique s'oriente
délibérément vers des arcanes bien éloignés de la prose.
Au-delà même de la syntaxe et
du vocabulaire, la poésie repose sur des images, sur des métaphores, sur des symboles
qui la rendent parfois peu accessible : bien des lecteurs trouvent vaines ces
comparaisons qui chez Du Bellay constituent tout un sonnet des Antiquités, ces
métaphores qui forment des développements entiers de la Légende des Siècles, ces
images rapides qui se succèdent dans les poèmes d'Apollinaire ou des surréalistes.
C'est ainsi que, « langage dans le langage » selon le mot de Valéry, la poésie se défend
contre une approche facile — et peut-être est-ce une des conditions de son charme.
II.
LE PLAISIR POÉTIQUE
Tournés principalement vers l'efficacité de la parole, cherchant avant tout à convaincre,
les philosophes du XVIIIe siècle purent considérer la poésie comme inutile, mais à la fin
du siècle, .
chez Diderot, chez J.-J.
Rousseau, apparurent les premières manifestations
de l'enthousiasme romantique : on commença à entrevoir de nouveau la valeur du plaisir
esthétique et l'intérêt de ,1'univers auquel la poésie fait accéder le lecteur.
Le plaisir esthétique La prose procure une satisfaction d'ordre intellectuel : nous
apprécions chez Voltaire l'esprit, la précision, la logique de la pensée ; Montesquieu nous
plaît par....
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