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Hegel et l'histoire

Publié le 26/03/2015

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hegel
déploiement du divin dans le monde, de la vérité dans le réel ---, Hegel propose un schéma ternaire.
 
Il est tr�s connu, il paraît banal, mais il est en vérité extraordinairement puissant et cohérent quand on l'analyse plus en profondeur et qu'on n'en reste pas aux clichés habituels : c'est le fameux «schéma dialectique�.
 
Il y a trois temps dans la dialectique hégélienne --- non pas th�se, antith�se, synth�se, comme le disent niaisement les manuels de vulgarisation ---, mais trois temps qui correspondent à trois concepts fondamentaux, que Hegel développe notamment de mani�re lumineuse dans ses Leçons sur l'histoire de la philosophie.
 
Le premier moment de la dialectique, c'est ce que Hegel nomme «l'en-soi� et qu'il essaie de rendre sensible, si je puis dire, avec la fameuse métaphore végétale du germe, de la graine : I «en-soi�, c'est la graine, le germe.
 
Il comprend virtuellement, en puissance, toutes les différences qui vont se déployer quand il va grandir, croître, mais au départ, tout est encore indifférencié : impossible, à la limite, de distinguer une graine de laitue d'une graine de carotte ou de sapin.
 
L'en-soi, c'est l'indifférencié, ce que les premiers philosophes grecs nommaient l'apeiron, ce qui n'a pas encore de contours définis, mais c'est un indifférencié qui contient déjà virtuellement tout en lui.
 
Ensuite, vient le moment de l'existence --- en allemand, «Dasein�, qu'on a hélas traduit en français par «être-là�, ce qui donne le sentiment que Hegel s'exprime dans un jargon incompréhensible alors qu'en allemand c'est un terme absolument courant, que l'homme de la rue utilise dans la vie quotidienne : c'est simplement l'existence, l'existence réelle, dans le monde sensible, dans l'espace et dans le temps.
 
indéterminé, avec un tronc, des branches, des feuilles bien reconnaissables.
 
Là, on voit bien que ce n'est pas une laitue, une carotte ou un sapin : les différences, qui n'étaient gu�re visibles au niveau de la petite graine, apparaissent avec ce second moment au grand jour, quand la plante se met à exister réellement, à prendre vie.
 
C'est le moment de la récupération, de la recollection ou de la réconciliation des deux moments précédents, qui étaient contraires l'un à l'autre comme l'indifférencié est le contraire du différencié : le «pour-soi�, c'est le fruit.
 
Le fruit, c'est la récupération, la recol-lection des différences qui se sont déployées, recollection qui culmine dans la production de nouvelles graines, donc d'une nouvelle dialectique qui va repartir, où il y aura à nouveau un «en-soi�, puis un déploiement de l'existence avec l «être-là�, et enfin le «pour-soi�.
 
Voyez tout de suite, au passage, pourquoi, chez Hegel, la dialectique désigne un processus au cours duquel un terme engendre de et par lui-même son contraire : l'identité produit la différence, l'indéterminé (l'en-soi), produit le déterminé (la diversité qui caractérise l'être-là, l'existence réelle, en l'occurrence, dans notre métaphore, la diversité des plantes, la diversité biologique), l'Un produit le multiple, et le pour-soi, lui-même engendré par l'être-là, par le déploiement des différences, les réduit à nouveau à l'unité.
 
Si l'on reprend la théodicée de Leibniz, l «en-soi�, ce sont les possibles ; l «être-là�, c'est la création du monde par Dieu, et le «pour-soi�, c'est le monde achevé, le monde de l'esprit qui comprend l'ensemble du processus...
 
le moment du pour-soi, c'est celui de la théodicée elle-même, qui ram�ne toute la diversité du monde déployé sous nos yeux à l'unité des principes qui ont guidé la création et expliquent sa parfaite rationalité.
 
Reprenons ces trois moments, présents dans toutes les dialectiques hégéliennes, pour mieux les expliciter encore --- moments «dialectiques�, donc, au sens où l «en-soi� va produire son contraire, c'est-à-dire le «Dasein�, l'existant avec toute sa diversité foisonnante et sensible, qui va lui-même revenir au point de départ, mais apr�s le déploiement, c'est-à-dire à l'unité du pour-soi enrichie par le déploiement des différences.
 
Qu'est-ce que ça signifie, si on regarde dans le détail?
 
moins si on ne dispose pas des clés pour les pénétrer.
 
Ces morceaux de bravoure théorique correspondent, pour le coup, à l'air du temps : plutôt que de chercher à transmettre leur pensée à un public «cultivé�, comme ils le font souvent par ailleurs, les plus grands philosophes de l'idéalisme allemand ne s'adressent pratiquement qu'à leurs pairs quand ils c�dent à leur passion pour la virtuosité la plus abstraite.
 

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« DES CLÉS POUR COMPRENDRE Hegel est un immense philosophe.

Sa pensée est réelle­ ment géniale, mais son œuvre, malheureusement, est pro­ bablement, avec celle de Kant, la plus difficile et la plus abstraite qui soit dans toute l'histoire de la philosophie.

Je voudrais aujourd'hui faire en sorte qu'à la fin de cette leçon - pardon d'employer ce terme un peu désuet -, même si vous n'avez jamais lu une ligne de Hegel, vous ayez quand même une idée claire et déjà profonde de ce qu'est l'hégélianisme.

J'aimerais même que vous com­ menciez à pouvoir lire sans difficulté certains passages de son œuvre qui vous permettront après d'aller plus loin par vous-même.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel est né en 1770, la même année que Beethoven, et il est mort en 1831, du choléra.

C'est donc un contemporain de Kant, même s'il est évidemment beaucoup plus jeune.

Contrairement à ce que sous-entendent certaines histoires académiques de la philosophie, l'idée qu'il y aurait une espèce de « pro­ gression » philosophique, une sorte de jeu de l'oie qui irait de Kant à Hegel en passant par Fichte et Schelling, est largement douteuse : à bien des égards, Kant est post­ hégélien, comme Adorno et Heidegger le diront chacun à leur manière, et sa postérité dans la pensée contempo­ raine sera dans bien des domaines, notamment sur le plan scientifique, beaucoup plus importante que celle de Hegel.

Quant à Fichte et Schelling, ils ne sont en rien. »

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