France 1982-1983 L'enlisement Juin 1982 marque un tournant dans la présidence de François Mitterrand. Après douze mois de réformes sociales,...
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France 1982-1983
L'enlisement
Juin 1982 marque un tournant dans la présidence de François Mitterrand.
Après
douze mois de réformes sociales, de déclarations démocratiques et
tiers-mondistes, l'expérience bute sur les "contraintes extérieures".
Mais les
ajustements qui s'ensuivent ne font que révéler les incertitudes et les
faiblesses initiales.
La face "sociale" s'estompe derrière la face "moderniste",
le message émancipateur derrière l'idéologie de la "sécurité" et la
"realpolitik".
D'où une perte de crédibilité sanctionnée par la forte poussée de
la droite aux élections municipales de mars 1983.
Une vague de mesures sociales...
La gauche avait été portée au pouvoir en mai-juin 1981 en promettant notamment
de faire reculer le chômage grâce à une politique de relance de la consommation
populaire et à "l'outil" des nationalisations.
D'importantes mesures sociales
devaient accompagner cette stratégie économique.
Cette politique a été fidèlement appliquée la première année.
En dix-huit mois,
le pouvoir d'achat du salaire minimum progresse de 15%.
La semaine de 39 heures,
la cinquième semaine de congés payés et la retraite à 60 ans sont généralisées.
La hausse de la consommation est de 3% en 1982.
Le travail précaire est plus
sévèrement réglementé, 130 000 immigrés clandestins sont titularisés ; les
droits d'expression et de négociation des travailleurs sont améliorés par les
lois Auroux.
Les résultats macro-économiques, quant à eux, sont quasi miraculeux comparés à
ceux des autres pays industrialisés: hausse du PNB (1,7% en 1982), maintien de
la production industrielle, arrêt de la croissance du chômage.
Alors, pourquoi
parler d'"échec de la première phase", lorsque en juin 1982, le gouvernement
dévalue en catastrophe, bloque pour quatre mois et demi les salaires et les prix
(ce qui ramène l'inflation au-dessous de 10% pour 1982)? Parce qu'en tant que
stratégie économique, la "relance" a échoué.
Et le coût en est élevé.
...bute sur les "contraintes"...
En douze mois de relance, la consommation de produits manufacturés a augmenté de
7%, mais la production industrielle a seulement interrompu son recul, tout comme
l'investissement.
Le chômage, lui, n'a pas reculé.
Pour permettre cette simple
stabilisation, le déficit de l'Etat est passé à 100 milliards de francs en 1982.
Mais le déficit de la Sécurité sociale et de l'assurance chômage, au lieu de se
résorber avec la reprise attendue des embauches et de la production, donc des
cotisations, s'est creusé à nouveau du fait de la stagnation de l'emploi.
Refusant d'être le "ministre des comptes", le ministre de la Solidarité, Nicole
Questiaux, s'en va.
Elle est remplacée par Pierre Bérégovoy, qui doit négocier
une certaine réduction des prestations.
Surtout, le déficit commercial de la France devient effrayant, dépassant
certains mois 10 milliards de francs, et totalisant 100 milliards en 1982.
L'endettement de la France passe de 30 à 50 milliards de dollars.
En fait, la
relance de la consommation a essentiellement profité aux économies voisines: la
France a dû jouer seule la "locomotive" de l'Europe, avec, de plus, un franc à
l'origine surévalué.
Dès lors, les exportations baissent, les importations
montent en flèche, d'autant que le système productif français, désarticulé par
la "politique des créneaux" giscardienne ("on se spécialise dans ce que l'on
sait bien faire, et le reste on l'importe"), ne sait pas, ou plus, produire une
grande variété d'articles.
La majorité présidentielle avait certes parlé de "reconquête du marché
intérieur".
Mais elle sous-estimait l'urgence du problème, espérant n'anticiper
que de quelques mois une reprise mondiale en 1982.
La généralisation des
politiques récessives chez ses principaux partenaires commerciaux, l'a rendue
impossible.
Peut-on "découpler" durablement une politique d'expansion en France
d'un environnement international marqué par la récession? Dans le cadre du libre
échange, les structures et les comportements restant inchangés, la réponse est
négative.
Que faire alors? Changer les structures et les comportements
(politique de longue haleine!)? Adopter certaines formes de protections,
monétaires, douanières ou réglementaires (position de la majorité du PS et du
PCF)? Ou enfin renoncer à la relance, pratiquer l'austérité quitte à en mieux
partager les rigueurs, comme le souhaitent le ministre des Finances Jacques
Delors, l'ex-ministre du Plan Michel Rocard, et le secrétaire du syndicat CFDT
Edmond Maire? En l'absence d'une décision repoussée après les élections
municipales de mars 1983, la "seconde phase" se traduit par une austérité à
éclipses, au rythme des poussées syndicales, des batailles internes à la
majorité, des échéances électorales...
...et la "réindustrialisation" sera difficile
L'autre versant de la politique économique, la réforme des structures
industrielles, s'avère plus ardu que prévu.
Il faut près d'un an pour mettre au
point la stratégie des entreprises nationalisées du secteur concurrentiel, qui
se révèlent presque toutes en piètre état.
Elles ont sous-investi dans les
années soixante-dix, et accumulent des pertes en 1981 et 1982, qui absorbent
l'essentiel des apports frais de capitaux (11 milliards en 1982, 20 milliards
prévus en 1983).
Comment investir quand les entreprises sont lourdement endettées, quand les
frais financiers absorbent tous les profits nets, quand la réforme bancaire qui
permettrait de recycler l'épargne vers l'industrie tarde à venir? Comment
concilier l'ambitieuse politique de l'ex-ministre de l'Industrie Jean-Pierre
Chevénement (on parle à son sujet de "gauche japonaise") et l'étroitesse de la
base industrielle et commerciale française, que soulignent les manoeuvres de
Thomson en direction de l'Allemagne?
Là encore, on a tendance à reporter sur les ménages les difficultés des
entreprises: abandon de la réduction de la durée de travail (sauf sur "contrats
de progrès" fortement subventionnés), multiplication des aides fiscales et
tentatives de réduction des charges sociales des entreprises et, à nouveau,
remise en cause des salaires réels.
En fait, la nouvelle alliance entre la
classe ouvrière et le capital industriel public ou privé prônée par le
gouvernement ne pouvait se faire que sur le dos des couches moyennes
traditionnelles et des secteurs "parasitaires" (rente, commerce).
Mais les
conditions sont loin d'en être réunies.
Ces "revenus parasitaires" prospèrent
malgré le blocage des prix et continuent à alimenter l'inflation.
Un bilan international contrasté
Sur le plan international, trois grandes orientations s'affirment en 1982.
C'est
en Afrique que l'abandon des bonnes intentions initiales est le plus flagrant.
Certes, il n'était pas facile d'infléchir la politique de soutien aux "Pinochet
noirs" de la francophonie.
L'absence dans ces pays d'alternative crédible à
gauche s'est fait sentir (comme en République centrafricaine), et les dictateurs
locaux savent habilement jouer du chantage à l'alliance américaine (comme au
Gabon).
Face à ces difficultés, on en revient aux amitiés traditionnelles et peu
regardantes: le ministre de la Coopération Jean-Pierre Cot, écarté par l'Elysée
de cette politique, décide du coup de démissionner.
En revanche, juin 1982 marque la rupture de la "lune de miel" avec les
États-Unis, du moins sur le plan économique.
Car, sur le plan stratégique
l'opposition....
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