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Extrait de
l'acte 1, scène 4
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!
l
15
vALORI.
- Devant le duc, l'épée nue!
LE DUC, riant.
- Laissez faire, laissez faire.
Allons
Renzo, je veux te servir de témoin - qu'on lui donne une
épée!
LORENZO.
- Monseigneur, que dites-vous là?
LE DUC.
- Eh bien ! ta gaieté s'évanouit si vite? Tu
trembles, cousin ? Fi donc ! tu fais honte au nom des
Médicis.
Je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux
que toi, qui es légitime? Une épée, une épée! un Médicis ne se laisse point provoquer ainsi.
Pages, montez ici;
toute la Cour le verra, et je voudrais que Florence entière
yfût.
LORENZO.
- Son Altesse se rit de moi.
LE DUC.
- J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte.
Une épée!
Il prend l'épée d'un page et la présente à Lorenw.
VALORI.
- Monseigneur, c'est pousser trop loin les
choses.
Une épée tirée en présence de Votre Altesse est
un crime punissable dans l'intérieur du palais.
20 LE DUC.
- Qui parle ici, quand je parle?
vALORI.
- Votre Altesse ne peut avoir eu d'autre des
sein que celui de s'égayer un instant, et sire Maurice lui
même n'a point agi dans une autre pensée.
LE DUC.
- Et vous ne voyez pas que je plaisante
,
25 encore? Qui diable pense ici à une affaire sérieuse?
Regardez Renzo, je vous en prie; ses genoux tremblent,
il serait devenu pâle, s'il pouvait le devenir.
Quelle
contenance, juste Dieu ! je crois qu'il va tomber.
Lorenzo chancelle; il s'appuie sur la balustrade et
30 glisse à terre tout d'un coup.
LE DUC, riant aux éclats.
- Quand je vous le disais !
personne ne le sait mieux que moi; la seule vue d'une
épée le fait trouver mal.
Allons, chère Lorenzetta, fais
toi emporter chez ta mère.
35
Les pages relèvent Lorenw.
SIRE MAURICE.
- Double poltron ! fils de catin !
LE DUC.
- Silence, sire Maurice, pesez vos paroles ;
c'est moi qui vous le dis maintenant.
Pas de ces mots-là
devant moi.
40
vALORI.
- Pauvre jeune homme !
LE CARDINAL, resté seul avec le duc.
- Vous croyez à
cela, monseigneur ?
LE DUC.
- Je voudrais bien savoir comment je n'y
croirais pas.
45
LE CARDINAL.
- Hum ! c'est bien fort.
L ECTU R E
METHODIQUE
INTRODUCTION
Nous sommes ici à la fin d'une scène où, la conversation
des personnages roulant sur Lorenzo pour le dénigrer, le
duc a dO prendre la défense de son favori.
Soudain,
Lorenzo paraît, répond insolemment à sire Maurice, un
gentilhomme, qui tire son épée.
À l'étonnement de tous, le
duc fait apporter une autre épée, afin que Lorenzo riposte.
Aussi la scène se présente-t-elle comme un spectacle
offert par le duc.
Elle éclaire également la relation Alexan
dre/Lorenzo, spécialement tout ce qu'ont de complexe l'at
tachement et l'aveuglement du duc.
Apprécier l'attitude de
Lorenzo est enfin chose complexe.
D'un côté, tout dans
son comportement paraît indiquer la peur et la lâcheté à la
perspective du duel; d'un autre côté, la suspicion du cardi
nal Cibo, qui a l'air de ne pas croire à l'évanouissement de
Lorenzo, invite le spectateur à supposer que le héros
simule la frayeur et la perte de conscience.
Probablement
la vérité est-elle plus complexe, et Musset a très habile
ment laissé le spectateur dans un « suspens » quant à la
signification à accorder à l'épisode.
1.
UN.SPECTACLE
OFFERT PAR LE DUC
Les spectateurs
Ils sont au nombre de trois : le cardinal Valori; sire Mau
rice, seigneur de l'entourage du duc; le cardinal Cibo, qui
manœuvre secrètement contre Alexandre.
L'indignation (1.
17-19) de Valori fait ressortir ce qu'il y a
d'inconvenant à transformer le palais en terrain de duel.
Il
incarne dans la pièce l'opposition vertueuse au duc,
comme Cibo incarne l'opposition cynique.
Quand Valori
s'exclame:« Une épée tirée en présence de Votre Altesse
,est un crime punissable dans l'intérieur du palais », il y a
ibeaucoup de naïveté dans son indignation.
En effet, il se
!réfère à un code de bonne conduite à la cour qui interdit,
:par bienséance, les duels dans l'enceinte du palais ducal.
i Mais précisément, Alexandre ne s'arrête à aucune règle qui
icontrevienne à son bon plaisir, chose que Valori n'a pas
encore comprise.
Le duc s'exclame à l'adresse de Valori:
« Oui parle ici quand je parle ? » On ne saurait mieux illus
trer le fait que les nobles honnêtes, comme Valori, comp
: tent pour rien aux yeux d'Alexandre.
: Sire Maurice, bien qu'il soit initialement le provocateur,
est réduit ici, du fait de l'évanouissement de Lorenzo, à
n'être que le spectateur sarcastique (1.
36) de la déconfiture
i du favori.
Le personnage résume l'entourage de traîneurs
: de sabres assez· épais auquel se complaît Alexandre.
Sire Maurice et Valori ont ceci de commun qu'ils croient
à l'authenticité de l'évanouissement, même si Valori seul
' plaint Lorenzo (1.
40), alors que l'autre l'injurie.
Ces deux
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personnages ont pour fonction de manifester une propension d'esprit que nous, spectateurs de la pièce, pouvons
avoir: accepter l'image d'un Lorenzo sans énergie, décomposé devant la menace physique.
Le cardinal Cibo, longtemps silencieux, a pour rôle d'inviter le duc à douter : « Vous croyez à cela, Monseigneur ? »
Cibo est l'image-même de la clairvoyance, qui multiplie
dans la pièce, à l'adresse du duc, les mises en garde contre
son favori; et qui invite évidemment le spectateur à soupçonner que la faiblesse de Lorenzo n'est qu'un masque.
Dans la scène 10 de l'acte IV, qui précède la scène de l'assassinat d'Alexandre, nous retrouverons le cardinal dans ce
même rôle de personnage avertisseur.
Il ne sera pas
entendu par Alexandre, aveugle jusqu'au bout sur les intentions de Lorenzo.
Un metteur en scène, le duc
C'est le duc qui jubile à l'idée de donner Lorenzo en spectacle(« Toute la cour le verra, et je voudrais que Florence
entière y fût ») ; c'est lui qui affecte bruyamment (« riant
aux éclats ») d'avoir, d'entrée de jeu, prévu le dénouement
du spectacle(« Quand je vous le disais ! »); c'est lui enfin
qui entend maîtriser la portée de l'événement, en coupant
court aux injures de sire Maurice (1.
43-44) et en repoussant
les insinuations du cardinal Cibo.....
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