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ÉPREUVE 14 Session de remplacement Septembre 1988 TEXTE Il était une fois où tu m'avais quitté Tout Paris s'était fait...

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« ÉPREUVE 14 Session de remplacement Septembre 1988 TEXTE Il était une fois où tu m'avais quitté Tout Paris s'était fait désert de ton absence Y vivre ni crier rien n'avait plus de sens Ce jour ou cette nuit j'ignore où j'ai été Si m'ont parlé des gens dont j'esquivais l'approche Et si l'air était doux et si j'étais jaloux Si je traversais bien la rue entre les clous Craignant que d'y manquer tu me fasses reproche Dieu sait où Dieu sait quand tout à l'heure demain Rencontrée à Passy rencontrée à Vincennes Dans le Bois de Boulogne ou le long de la Seine Dans quel quartier perdu croisée de nos chemins Ailleurs peut-être ailleurs ou jamais sur la terre Et j'ouvrais des yeux fous sur ce monde où jamais Vers moi je ne verrais revenir qui j'aimais Où parler désormais ne serait que me taire Absurdement fouiller le ciel comme du foin Interroger la mer où vient l'ourler l'écume La forêt pour le bond qu'un écureuil CIJ allume Tendre vers toi les bras comme l'étoile au loin Il était une fois un homme à mon image Tristement qu'aux miroirs parfois je reconnais Qui sans toi dans Paris sans fin se promenait Et n'y voyait partout que ton visage. Aragon, Il ne m'est Paris que d'Elsa, 1967 (1) « écureuil » : Elsa était rousse. Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

Vous pourrez par exemple montrer comment s'exprime ici la désorientation du poète, momentanément abandonné par celle qui tient une place si considé­ rable dans sa vie. Mais ces indications ne sont pas contraignantes et vous organiserez votre commentaire à votre gré.

Vous vous abstiendrez seulement de faire une séparation artificielle entre la forme et le fond. ■ Il s'agit d'un poème suivi, d'un ensemble en alexandrins de forme régu­ lière.

Est-ce vraiment une strophe, ce qui se détache à la fin? ou simple• ment une graphie? Ce qui compte c'est qu'ainsi est mise particulièrement en valeur la répétition de "Il était une fois» : c'est un leitmotiv, un peu comme une litanie. On sent le poète désemparé.

Thème de l'absence, - de l'abandon? Le poète n'est rien sans Elsa.

C'est un véritable dithyrambe. ■ ■ Il faut bien remarquer la suppression de ponctuation.

C'est la marque du passage d'Aragon au mouvement surréaliste.

La suppression de la ponc­ tuation est prônée par Apollinaire (elle avait cependant déjà été utilisée par Mallarmé) pour contraindre le lecteur à ne pas être passif.

C'est le lecteur qui doit reconstituer en partie le poème dans sa lecture. Introduction Ill Louis Aragon est un romancier, essayiste, critique d'art et d'histoire, mais plus encore un poète, dont la vie et l'œuvre couvrent une bonne partie du xx• siècle. ■ D'abord·surréaliste, après sa rencontre essentielle avec !'écrivain russe Elsa Triolet, il abandonne ce mouvement et devient un écrivain engagé représentant du communisme.

Cependant, il est avant tout connu comme le chantre de l'amour parfait et partagé.

La majorité de son œuvre est dédiée à la compagne de sa vie, Elsa, qui a sauvé le poète de sa propre ruine, l'a transformé, a forgé son identité, et qui est pour lui source de vie, fon­ taine de jouvence. Ce thème d'un amour tel, qu'il ne peut vivre même momentanément sans Elsa, est celui du texte Il ne m'est Paris que d'Elsa. li serait possible d'en centrer le commentaire d'abord sur la « désorien­ tation» du poète, « une fois que tu m'avais quitté» et la manière dont celui-ci traduit sa solitude et son abandon.

Puis, serait mise en valeur la place que tient Elsa dans sa vie, à la fois amante, guide et conseillère, omniprésente par la passion exclusive qu'elle inspire. ■ ■ VOCABULAIRE •leitmotiv: c'est un terme allemand signifiant motif dominant.

En fran­ çais, le mot est utilisé en musique et désigne un motif musical répété dans une œuvre ; et en stylistique ou poésie, où il indique une phrase (ou une formule) qui revient à plusieurs reprises. • litanie : vient du latin chrétien litania « prière publique ».

C'est une prière liturgique où toutes les invocations, courtes et suivies, adressées à Dieu, ou à la Vierge, ou aux Saints, sont suivies d'une sorte de répéti­ tion en refrain, énoncée par les fidèles.

Aussi, dans l'usage courant, litanie signifie-t-il : « énumération répétitive, monotone et ennuyeuse ». Premier thème : le poète désemparé ■ Dès le premier vers, Aragon signale l'absence par un choix de termes simples:« tu m'avais quitté».

Un véritable trouble s'empare de lui, mani­ festé par des images qui se bousculent.

Tout devient vague, aussi bien le temps, que le lieu, les sentiments, les rencontres.

Tout ce qui n'est pas Elsa s'efface du souvenir.

L'absence même veut être présentée en fiction par une formule empruntée au conte:« Il était une fois».

Tout ce qui va suivre pourrait ainsi paraître imaginaire.

D'autre part, le poète ne peut savoir si les gestes accomplis, sa promenade par exemple, se situaient« cette nuit» ou « ce jour».

Le doute temporel est mis en valeur par la coordina­ tion « ou». Par ailleurs, Aragon avoue à travers l'expression« Dieu sait quand tout à l'heure demain » son désarroi que seule une puissance supérieure (« Dieu sait») pourrait dominer ..., à moins que ce soit au contraire cette vague formule populaire qui traduit l'impuissance.

L'absence de ponctuation en tout cas, juxtaposant les adverbes de temps accentue l'impression de cette igno­ rance du temps.

De même, la fiction de conte, de rêve triste y ajoute.

Elle est reprise(« Il était une fois») à la fin du poème, dans une sorte de conclu­ sion détachée par la graphie et par l'insistance anaphorique. Cette sensation d'incapacité se révèle aussi dans une sorte d'ignorance des fieux, le sentiment d'être perdu, de ne plus savoir où il a pu aller, expri­ mée avec la même volontaire platitude : « j'ignore où j'ai été» ; ce deuxième hémistiche du vers résume l'état d'esprit du poète.

Là encore, l'expression traditionnelle« Dieu sait», alliée à l'adverbe de lieu« où», traduit nettement le désordre sentimental, en l'exprimant par une véritable perte d'orienta­ tion.

La juxtaposition de deux indépendantes:« Rencontrée à Passy ren­ contrée à Vincennes», l'anaphore de« rencontrée», insistante, soulignent la confusion de la mémoire, où plus rien ne se différencie clairement.

Quant aux apparentes précisions « dans le bois de Boulogne ou le long de la Seine», elles sont tout aussi empreintes de doute.

C'est l'indication de l'inat­ tention d'Aragon qui vient de son indifférence à ce qui n'est pas Elsa. Il ne se souvient pas non plus du quartier parcouru, ce dont témoigne l'interrogation indirecte de la forme de style« dans quel».

La formule cou­ rante cc à la croisée des chemins », qui indique ordinairement un lieu de ren­ contre est transformée volontairement ; accolée à « perdu», elle devient poignante: que ne peuvent-ils se croiser, leurs chemins, même dans un « quartier perdu» ( le sens second est « lointain», « loin du centre ville», mais le mot est pris ici dans sa signification originelle) ? Un espoir insensé surgit dans«.... »

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