ACADÉMIE D'AIX-MARSEILLE Aux yeux du petit enfant, ses parents sont des dieux tutélaires, tout puissants, omniscients, dont il faut essayer...
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ACADÉMIE D'AIX-MARSEILLE
Aux yeux du petit enfant, ses parents sont des dieux tutélaires, tout
puissants, omniscients, dont il faut essayer de capter la bienveillance par
· des moyens appropriés.
Mais un moment vient où cette vénération aveugle
cède la place à une attitude où la critique et la perspicacité interviennent
peu à peu pour discréditer les idoles de naguè:e.
Les parents ne sont pas
infaillibles; il leur arrive de mentir ou de tricher dans leurs rapports avec
l'enfant.
Celui-ci se trouve grandi par le jeu de cette diminution capitale,
qui d'ailleurs affecte de proche en proche les adultes en général.
Mais du
même coup, l'enfant se trouve mis à découvert par la perte de prestige de
tous ceux en qui il plaçait sa confiance et qui étaient les protecteurs natu
rels de son espace vital.
Il fait ainsi l'apprentissage de la solitude et de
l'insécurité, dont il commence à découvrir qu'elles sont des caractères ina
liénables de la condition humaine.
Avant de se résigner à subir son destin,
le petit homme cherchera néanmoins d'autres garants de sa tranquilité.
Si
les parents ont fait faillite, si leur autorité ne doit plus être acceptée que
sous réserve d'inventaire 1, il doit subsister de par le monde des êtres
d'exception, dignes d'une totale confiance.
C'est ainsi que, souvent, le
maître de l'école primaire intervient, au matin de la vie, pour relayer le père
et la mère dans la fonction capitale de témoin et d'indicateur du Vrai, du
Bien et du Beau.
li lui appartient de_ servir de refuge à toutes les espérances
déçues; l'ordre du monde et l'ordre dans l'homme reposent sur lui.
Digne
ou indigne, et qu'il le veuille ou non, l'instituteur, au plus modeste degré de
l'enseignement, jouit ainsi d'une autorité spirituelle qu'aucun autre ne pos
sédera parmi ceux qui lui succéderont pour assurer la fonction éducative
dans le développement de l'enfant et de l'adolescent.
Tous les maîtres à
venir, quelle que soit leur valeur, ne parviendront pas à égaler le prestige
dont se trouve sans peine revêtu l'ange gardien de l'espace scolaire aux
yeux de l'enfant qui franchit pour la première fois, avec respect, crainte et
tremblement, le seuil de la maison d'école.
Le maître est ainsi l'héritier du père.
Il apparaît ç:omme le père selon
l'esprit, au moment où le père selon la chair s'avère désormais incapable
d'assumer les responsabilités dont le charge l'exigence enfantine.
Et, bien
sûr, il sera incapable, lui aussi, de répondre pleinement à cette attente dont
il est l'objet.
Il est préservé, néanmoins, par l'atmosphère de respect dont il
se trouve entouré dans le vœu même de l'écolier.
La piété pour le maître
exprime une affirmation quasi-religieuse; elle s'adresse à un savoir qui est
ensemble sagesse et concerne les secrets mêmes de la vie.
C'est pourquoi
l'enseignement a été longtemps indissociable de la prêtrise; même laïcisé,
il conserve des allures de sacerdoce.
Le maître, serviteur de la vie de
l'esprit, se connaît et se veut différent de tous ceux, dans la cité, qui pour
suivent seulement des intérêts d'argent ou des avantages personnels.
Ses
concitoyens d'ailleurs lui reconnaissent volontiers les obligations et les pré
rogatives d'une sorte de cléricature 2.
C'est pourquoi, tout au long de sa vie, l'homme conservera à ses pre-
miers maîtres la fidélité du souvenir.
Même si son existence s'est dévelop
pée en dehors de tout souci de savoir, il ne peut évoquer sans l'hommage
d'une reconnaissance rétrospective le visage de ceux qui furent pour lui les
premiers affirmateurs de la vérité, les mainteneurs de l'espérance humaine.
Cette fonction qui est, au niveau le plus humble, celle de l'instituteur pri
maire, demeure identique à elle-même à travers la promotion des divers
ordres d'enseignement.
Mais, de degré en degré, l'exigence de l'élève se
fait plus critique ; moins aisément satisfaite, elle dépiste les faiblesses, elle
discrimine les personnalités.
Le lycéen, l'étudiant ont de plus en plus de
professeurs, dont ils apprécient diversement la compétence technique.
Mais l'apparition, parmi les professeurs, d'un maître digne de ce nom, est
chose rare.
Ble consacre désormais une qualification spéciale, et comme
un degré supérieur de validité dont la présence, s'irradiant alentour, exerce
une action bienfaisante sur tous ceux qui en bénéficient.
Ainsi comprise, la maîtrise devient une prérogative indépendante de
l'activité pédagogique au sens étroit du terme.
Beaucoup d'hommes ensei
gnent, - une discipline intellectuelle ou manuelle, une technique, un
métier, - très peu jouissent de ce surplus d'autorité qui leur vient non de
leur savoir, de leur capacité, mais de leur valeur d'homme.
En ce sens, un
artiste, un artisan, un homme d'Êtat, un chef militaire, un prêtre, peuvent
être des maîtres _pour ceux qui les approchent, aussi bien et peut-être
mieux que des enseignants proprement dits.
Leur vie s'impose, à tous ou à
quelques-uns, comme une leçon d'humanité.
La relation du maître et du disciple apparaît donc comme une dimension
fondamentale du monde humain.
Chaque existence se forme et s'affirme
au contact des existences qui l'entourent; elle constitue comme un nœud
dans l'ensemble des relations humaines.
Parmi ces relations de l'homme
avec l'homme, certaines sont privilégiées : celle de l'enfant avec ses
pare·nts, avec ses frères e:t sœurs, la relation d'amitié ou d'amour, - et
singulièrement la relation du disciple....
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