ABOULER, verbe transitif.
Publié le 27/09/2015
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ABOULER, verbe transitif.
A.— Emploi transitif, populaire. [L'objet est un nom désignant une somme d'argent comptant; le verbe est souvent à l'impératif ou inséré dans une proposition hypothétique ou négative] Donner, apporter sans retard et quoi qu'il en coûte, payer :
Ø 1. On dit que tu as poissé nos philippes (filouté nos pièces d'or), reprit le Biffon d'un air menaçant. — Tu vas nous abouler du carle (tu vas nous donner de l'argent) demanda Fil-De-Soie.
HONORÉ DE BALZAC, Splendeurs et misères des courtisanes, 1848, page 541.
Ø 2. Alors, vous comprenez, quand il m'a ordonné de vous faire la cour, j'ai bien été obligé d'obéir... Sans cela, il aurait refusé d'abouler... non... non... de me faire payer ma pension.
HENRI MEILHAC, LUDOVIC HALÉVY, La Cigale, 1877, II, 5, page 72.
Ø 3. Si la maison Charpentier ne me paie pas immédiatement ce qu'elle me doit et ne m'aboule pas une forte somme pour la féerie, Bouvard et Pécuchet iront ailleurs.
GUSTAVE FLAUBERT, Correspondance, 1880, page 35.
Ø 4. Compris. Aboulez la galette, dit Dagobert. Le révérend père posa sur la table un sac que lui avait remis, les larmes aux yeux, le distillateur des conils.
— Topez là, firent les trois compagnons. Ainsi fut scellé ce pacte solennel.
ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, L'Île des pingouins, 1908, page 234.
— S'abouler. [Suivi d'un complément d'objet désignant un denrée comestible] Rare :
Ø 5. Je vais faire ma copie pour le père Magnier, puis je vais m'abouler deux ou trois tasses de thé par le bec.
GUSTAVE FLAUBERT, Correspondance, 1838, page 34.
Remarque : 1. Dans l'exemple de Gustave Flaubert s'abouler semble transposer le familier se payer, croisé avec s'envoyer, également familier 2. On rencontre également abouler avec d'autres termes : chez Honoré de Balzac (1835) \" quant aux biscuits, aboulez \".
B.— Emploi intransitif, populaire. Arriver rapidement :
Ø 6. Cependant, on n'attendait plus que Mes-Bottes, qui n'avait pas encore paru.
— Ah! zut! cria Coupeau, mettons-nous à table. Vous allez le voir abouler; il a le nez creux, il sent la boustifaille de loin...
ÉMILE ZOLA, L'Assommoir, 1877, page 451.
Ø 7. «... Et pardieu! quel est donc ce saumâtre gallipoteux? Monsieur, qui êtes seul et qui attendez quelqu'un, aboulezz au pas gymn! Respectueusement, j'aboulai, c'est-à-dire j'approchai... » (Virenque, Album d'un Saint-Cyrien).
EUGÈNE TITEUX, Saint-Cyr et l'École spéciale militaire en France, 1898, page 532.
Ø 8. — Chut!... Aboule par ici!
L'autre l'emmena dans l'arrière-boutique.
RENÉ BENJAMIN, Gaspard, 1915, page 124.
Remarque : Abouler s'emploie souvent à l'impératif : aboule, aboulez. La prononciation aboulezz (exemple 7) est propre à l'argot de Saint-Cyr; on rencontre également l'expression \" aboulez monsieur qu'êtes 3, 4, 5, etc... \" comme apostrophe d'un ancien à un groupe de nouveaux. (P. EUDEL, L'Argot de Saint-Cyr, 1893).
C.— Emploi pronominal. S'abouler. [Le sujet est toujours un animé] Arriver rapidement :
Ø 9. « Et l'pitaine fait un rapport au commandant Mais v'là que l'commandant, furieux, i' s'aboule, en s'couant le rapport dans sa patte : « de quoi, qu'i' dit, où elle est c'te soupe qui fait cette révolte, que j'y goûte? » On y en apporte dans une gamelle propre. I' r'nifle. « Ben quoi, qu'i dit, ça sent bon! On vous en foutra, d'la soupe riche comme ça!... »
HENRI BARBUSSE, Le Feu, 1916, page 263.
Ø 10. Ah! nom de dieu de nom de dieu! On n'a pas idée d'être déveinards à ce point-là! Des gars vernis, ce sont ceux de la compagnie Ménétrier qui s'aboulaient, leur barda sur le dos et traînant les godasses.
LOUIS FARIGOULE, DIT JULES ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté, Verdun, 1938, page 36.
Remarque : Le verbe simple intransitif est représenté par plus d'exemple au XIXe. siècle S'abouler est plus récent et tend à l'emporter actuellement. DICTIONNAIRE DU FRANÇAIS CONTEMPORAIN (JEAN DUBOIS) 1966 et Pet IT DICTIONNAIRE ALPHABÉTIQUE ET ANALOGIQUE DE LA LANGUE FRANÇAISE (PAUL ROBERT) 1967 ne notent que s'abouler au sens de « arriver », « venir ».
STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 18.
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