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Ockham (Guillaume d'), Le rasoir d'Ockham: «Aucune pluralité ne doit être posée sans nécessité». Commentez cette citation.

Publié le 17/01/2022

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« 146 C.

PANACCIO Histoire Épistémologie Langage 25/II (2003) : 145-160 © SHESL la signification au sens fort.

Celle-ci, pour Ockham, est une relation, au demeu- rant multiforme, entre des signes et des choses du monde — des choses singu- lières toujours, nominalisme oblige.

Ainsi le mot « cheval » signifie les che- vaux et rien d’autre ; le mot « père », classé comme un connotatif, signifie pri- mario — ou directement — tous les individus qui sont pères, et secundario — ou obliquement — tous ceux qui ont un père 1.

Les syncatégorèmes, eux, n’ont pas de signifiés ; ils ne réfèrent, ni directement ni obliquement, à aucune chose spéciale dans le monde.

Contrairement à ce que soutenait saint Augustin dans le De magistro (voir Augustin, De magistro, V, 13-16) « si », par exemple, ou « quelque » ou « mais » ne sont les noms de rien du tout : Mais les termes syncatégorématiques, tels que « tous », « aucun », « quel- que », « tout entier », « outre », « seulement », « en tant que », etc., n’ont pas de signification définie et déterminée et ne signifient pas des choses distinc- tes de celles qui sont signifiées par les catégorèmes ; au contraire de même que dans le calcul les zéros [cifra] ne signifient rien par eux-mêmes mais, ajoutés à un autre symbole, le font signifier, de même le syncatégorème à proprement parler ne signifie rien mais plutôt, ajouté à un autre terme, le fait signifier quelque chose, ou le fait supposer pour une ou plusieurs choses sur un mode déterminé, ou exerce quelque autre fonction à l’égard du catégo- rème 2.

La position de Guillaume d’Ockham sur les syncatégorèmes rejoint ainsi ce que Wittgenstein nous dit être sa « pensée fondamentale » dans le Tractatus : « Ma pensée fondamentale est que les ‘constantes logiques’ ne représentent pas [nicht vertreten] » (Wittgenstein 1921, 4.0312, trad.

Klossowski 1961, p.

49).

Cette thèse pose cependant un problème pour la théorie du langage mental, dont Ockham est partisan — et dont il est même, en un sens, le véritable initia- __________ 1.

Pour une présentation synthétique des différents aspects de l’idée de signification chez Ockham, voir Panaccio 1992a, p.

23-35.

La notion est discutée en détail dans plusieurs autres travaux récents ; signalons, en particulier, parmi les études en français : Biard 1989, ch.

2-4, p.

52-126 ; 1997, p.

15-54 ; et Michon 1994, ch.

5, p.

176-211.

2.

Guillaume d’Ockham, Summa logicae, I, 4, Op.

phil.

I, p.

15 : « Termini autem syncategorematici, cuiusmodi sunt tales ‘omnis’, ‘nullus’, ‘aliquis’, ‘totus’, ‘praeter’, ‘tantum’, ‘inquantum’ et huiusmodi, non habent finitam significationem et certam, nec significant aliquas res distinctas a rebus significatis per categoremata, immo sicut in algorismo cifra per se posita nihil significat, sed addita alteri figurae facit eam significare, ita syncategorema proprie loquendo nihil significat, sed magis additum alteri facit ipsum aliquid significare sive facit ipsum pro aliquo vel aliquibus modo determinato supponere vel aliud officium circa categorema exercet ».

La traduction française utilisée est celle de Biard 1993, p.

15, à un amendement près, cependant : il faut, conformément à l’usage, rendre « cifra » par « zéro », et non par « chiffre » comme le fait Biard, ce qui d’ailleurs éclaire beaucoup la comparaison proposée par Ockham entre les syncatégorèmes et les « cifra » ; je remercie Massimo Mugnai, de l’Université de Florence, d’avoir attiré mon attention sur ce point.. »

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