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Je tente de rendre, telles qu'elles apparaissent, les pensées des gens qui ne sont traduites ni en paroles ni en gestes. James Joyce.

Publié le 22/02/2012

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? En 1918, le peintre anglais Franck Budgen rencontrait à Zurich le romancier irlandais James Joyce. Ce dernier, auteur déjà de Dubliners et de A Portrait of the artist as a young man (en français, Dedalus), était alors engagé tout entier dans l'écriture de ce qui allait devenir l'un des indiscutables chefs-d'oeuvre du roman contemporain : Ulysses (Ulysse, titre français). De l'amitié entre les deux hommes et des nombreuses conversations qu'ils eurent naîtra en 1934 — soit douze ans après la publication du roman de Joyce — un livre intitulé James Joyce and the making of Ulysses et signé de Franck Budgen. Le livre mêle habilement souvenirs, anecdotes et confidences à une longue et minutieuse explication du roman de Joyce. Budgen paraphrase pratiquement Joyce, mais ce qui serait vain et ennuyeux pour tout autre roman qu'Ulysse a ici une signification. Le roman est si complexe — et tout particulièrement en 1934 — que le lecteur éprouve souvent la nécessité qu'on l'aide à s'y retrouver. Avec James Joyce and the making of Ulysses, éclairant la genèse du livre, détaillant son intrigue, Budgen nous livre en fait le roman du roman.
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« techniques littéraires plus classiques.

Celle du monologue théâtral, par exemple : en dehors de toute crédibilité,l'acteur, en effet, suspend l'action et se met à s'entretenir avec lui-même à voix haute de manière à ce que lepublic n'ignore rien de ses débats intérieurs.

Plus encore, on peut tenir le monologue intérieur pour une forme deperfectionnement et de radicalisation de la technique du «discours indirect libre ».

Par cette dernière, le romancieren effet, se dispensant des guillemets comme des formules du genre «il pensa que...

», retranscrit directement surla page les pensées ou les impressions de ses personnages.

Flaubert, par exemple, dans Madame Bovary ou dansL'Éducation sentimentale, utilise ce procédé de manière constante, nous permettant ainsi de découvrir les illusionsou les rêves d'Emma ou de Frédéric.Il y a donc bien continuité entre le «discours indirect libre» et le «monologue intérieur» : dans un cas comme dansl'autre, nous pénétrons dans la conscience des protagonistes du roman.

Et de manière significative, dans le livreprécédent de Joyce — A Portrait of the artist as a young man —, toute l'histoire que nous découvrons nous estprésentée, en une technique qui participe et du discours indirect libre et du monologue intérieur, à travers laconscience d'un enfant qui grandit et découvre le monde.Du discours indirect libre au monologue intérieur, il y a cependant rupture et c'est en cela, notamment, que l'ceuvrede Joyce est révolutionnaire.

Dans le discours indirect libre, en effet, les pensées des personnages s'intègrent autexte par le relais de cette troisième personne qui est celle de l'auteur du roman : les pensées sont remaniées,reformulées, au moins en partie.

D'où la difficulté qu'il y a quelquefois à repérer dans un roman classique les passages en style indirect libre.Avec le monologue intérieur, au contraire, les pensées des protagonistes s'inscrivent directement sur la page.

Nousavons l'impression, en tant que lecteurs, de nous trouver tout à coup de plain-pied dans la conscience duprotagoniste.

Nous assistons à l'émergence de ces impressions qui éclosent et disparaissent à la surface de sonesprit.

Nous découvrons comme le matériel brut de notre vie intérieure.En ce sens, on peut présenter le monologue intérieur comme le «nec plus ultra» du réalisme romanesque.

En dehorsde toute reconstruction apparente par l'auteur, la vie, dans son désordre et son mouvement, est là, que nousdécouvrons telle quelle sur la page.

Par le monologue intérieur, le roman se donne les moyens de rendre au plusprès, d'imiter de la manière la plus poussée qui soit notre-monde intérieur.André Breton l'avait bien compris qui, dans un texte de 1953 — Du surréalisme en ses oeuvres vives —, opposait,pour cette raison, le monologue intérieur à l'écriture automatique : « Bien qu'elles traduisent une commune volonté d'insurrection contre la tyrannie d'un langage totalement avili, desdémarches comme celles auxquelles répondent l'"écriture automatique" à l'origine du surréalisme et le "monologueintérieur" dans le système joycien différent radicalement par le fond.

Autrement dit elles sont 'sous-tendues pardeux modes d'appréhension du monde qui diffèrent du tout au tout.

Au courant illusoire des associationsconscientes, Joyce opposera un flux qu'il s'efforce de faire saillir de toutes parts et qui tend, en fin de compte, àl'imitation la plus approchante de la vie (moyennant quoi il se maintient dans le cadre de l'art, retombe dans l'illusionromanesque, n'évite pas de prendre rang dans la longue lignée des naturalistes et des expressionnistes).

A ce mêmecourant — beaucoup plus modestement à première vue — l'« automatisme psychique pur» qui commande lesurréalisme opposera le débit d'une source qu'il ne s'agit que d'aller prospecter en soi-même assez loin et dont on nesaurait prétendre diriger le cours sans être assuré de la voir aussitôt se tarir.» En un sens, le « non » qu'oppose ici Breton à la technique du monologue intérieur est celui de toute la littératurefrançaise.

Rares sont en effet — sinon peut-être chez Claude Simon sous l'influence de Faulkner — les exemples degrands romans français ayant recours à ce procédé.Le roman de langue anglaise a fait une part beaucoup plus large à cette technique, nommée, de l'autre côté de laManche et de l'Atlantique, « stream of consciousness » (« courant de conscience »).

Virginia Woolf avec Mrs.Dalloway (1925) et surtout William Faulkner dans Le Bruit et la Fureur (1931) ont su prolonger de manière superbeune invention joycienne qui, ayant désormais perdu l'essentiel de sa force de surprise et de nouveauté, faitaujourd'hui partie intégrante du langage romanesque de notre temps.. »

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