Catégorie : Fiches de lecture
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RONSARD: Les Amours (Fiche de lecture)
Mon sang s'émeut, et d'un penser fertile Un autre croît, tant le sujet m'est doux. [...] Et toutefois je me plais en ma braise. D'un même mal l'un et l'autre est bien aise, Moi de mourir, et vous de me tuer.» (Amours de Cassandre, sonnet 100, v. 1-4 et 12 14) Loin de l'exigence moderne de sincérité et d'originalité, l'époque de Ronsard ne séparait pas l'artifice et l'émotion :un poème devait être composé selon des règles, comme un morceau de musique, et ces règles venaient de latraditio...
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RONSARD: Sonnets pour Hélène (Fiche de lecture)
Je me pâme de joie, et sens de veine en veine Couler ce souvenir, qui me donne vigueur [...].» (Sonnets pour Hélène, II, sonnet 13, v. 1-6) L'expression de la sensualité, déjà présente dans les Odes et dans les Amours de Marie, évoque dans les Sonnets pour Hélène la réalité du désir physique. Des métaphores suggestives, un jeu savamment calculé sur le rythme et les sonorités font partager au lecteur la puissance du désir : «Vous triomphez de moi, et pource je vous donne Ce lierre qui...
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RACINE: Andromaque (Fiche de lecture)
>> Les passions sont dévastatrices et mortifères ; Racine ne les dépeint «que pour montrer tout le désordre dontelles sont cause» (Préface de Phèdre). Elles mènent à la mort, car, dévorés par un feu qui les brûle, désespérés de n'être pas aimés, victimes d'une jalousie féroce et assoiffés de vengeance, les héros raciniens sont prêts à toutpour ne pas perdre l'être aimé : Pyrrhus menace Andromaque de sacrifier son fils si elle ne l'épouse pas, Oreste estprêt à commettre un crime pour conquérir...
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QUENEAU: Zazie dans le métro (Fiche de lecture)
«Alors, tu t'es bien amusée ? Comme ça. — T'as vu le métro ? — Non. Alors, qu'est-ce que t'as fait ? J'ai vieilli.» 2. UN UNIVERS LUDIQUE Le récit progresse par enchaînement de scènes cocasses, à la façon des procédés cinématographiques que connaîtbien Raymond Queneau. Les dialogues et les monologues priment sur la narration proprement dite. Rien de réalistedans ce Paris de carte postale où Gabriel confond tous les monuments, qui est peuplé de fantoches et depersonnages extravagants, l...
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RABELAIS: Pantagruel (Fiche de lecture)
Roman de 34 chapitres, le récit des Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua se présente comme une suite aux Grandes et Inestimables Chroniques du folklore. Adoptant la structure traditionnelle des aventures de géants, Rabelais lui donne une tournure inédite, enfaisant varier de manière burlesque les styles et les tons, en suscitant à côté du personnage principal uncompagnon capable de toutes les impertine...
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RABELAIS: Gargantua (Fiche de lecture)
grammaire latine et de morale sont lus pendant «treize ans, six mois et deux semaines», d'autres traités demandent «dix-huit ans et onze mois» ! L'écritoire et le bréviaire sont symboliquement d'un poids insupportable, même pour un géant: «Il portait habituellementune grosse écritoire, pesant plus de sept mille quintaux, dont l'étui était aussi grand et gros que les piliersde Saint-Martin d'Ainay ; l'encrier qui jaugeait un tonneau y était pendu par de grosses chaînes de fer.» (Ch. 14) «Aprè...
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RABELAIS: Le Tiers Livre (Fiche de lecture)
C. rassis, C. pendillant [...].» (Ch. 28) L'IMPUISSANCE DES AUTORITÉS 3. Les consultations ayant abouti à une impasse, «Pantagruel décide d'assembler un théologien, un médecin, un jugeet un philosophe pour remédier à la perplexité de Panurge» (ch. 29). Hippodatée, le théologien, répond à Panurge qu'il ne sera pas cocu «s'il plaît à Dieu», le laissant dans son incertitudeinitiale. Rondibilis, le médecin, déclare que le risque de cocuage est indissociable du mariage à cause de la nature de lafem...
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RABELAIS: Le Quart Livre (Fiche de lecture)
grande gueule infernale, nous ne serons pas plus qu'un grain de dragée musquée dans la gueule d'un âne.Voyez-le ici. Fuyons, regagnons la terre. Je crois que c'est le monstre marin même qui fut jadis destiné àdévorer Andromède. Nous sommes tous perdus. Oh! si seulement quelque vaillant Persée se trouvait ici pour letuer immédiatement. — Percé de part en part, il le sera par moi, répondit Pantagruel. N'ayez crainte.» (Ch. 33) L'EXPLORATION IMAGINAIRE - Les récits de voyages faits pa...
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Nerval: Aurélia (Fiche de lecture)
dire le journal de bord d'une lente dérive dans la folie, et un voyage initiatique aux confins del'inconscient. 2. LA MÉDIATRICE La figure féminine d'Aurélia fait le lien entre ces deux aspects du texte. Elle incarne l'amour perdu dupoète, sa mère jamais vue et Jenny Colon, dans une synthèse qui est propre à l'imaginaire nervalien. Elle appartient donc à la part d'autobiographie dont le texte est constitué. Mais elle est aussi une pureprojection mentale, qui devient un véritable m...
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PASCAL: Les Pensées, fragments
II à VII. Il entreprend une analyse de la condition humaine, de la misère et de la grandeur de l'homme. VIII à X. Il montre comment l'homme se fourvoie dans sa quête du bonheur terrestre. — XI à XVII. La solution se trouve dans la religion chrétienne. XVIII à XXV. Pascal argumente ce qu'il avance en s'appuyant sur une série de preuves tirées des témoignagesbibliques et de l'histoire. — XXVI à XXVII. Pascal délivre une morale chrétienne, celle de l'homme converti qui trouvera son bonheur dansD...
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PEREC: La Vie, mode d'emploi
«Il représenterait l'immeuble parisien dans lequel il vivait depuis plus de cinquante-cinq ans. La façade en seraitenlevée et on venait en coupe toutes les pièces du devant, la cage de l'ascenseur, les escaliers, les portespalières. Et comme dans ces maisons de poupées dans lesquelles tout est reproduit en miniature, lescarpettes, les gravures, les horloges, les bassinoires, il y aurait dans chaque pièce les gens qui y auraient vécuet les gens qui y vivaient encore et tous les détails de l...
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PONGE: Le parti pris des choses (Fiche de lecture)
Comme le dit Henri Spada dans sa très belle étude sur Ponge, il s'agit ici d'un art «apparemment clos».Effectivement, chaque texte se présente comme une œuvre autonome, fermée sur elle-même et sur son sujet,comme un «petit bijou» ciselé auquel on ne saurait rajouter ou retrancher quoi que ce soit — c'est-à-dire,justement, comme un objet. Un objet de matière similaire à celui, bien réel, dont il traite. L'évocation du cageot est aussi simple, modeste et neutre que son modèle....
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PRÉVOST (ABBÉ): Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut
(Première partie) Au lieu de quoi, Des Grieux va entamer une longue descente aux enfers. Le calvaire sera double, car s'il perd pourManon son honneur et son honnêteté, il conserve sa lucidité. L'aveuglement de la passion lui laisse par moments laconscience du mal. 11 se sent emporté par une force néfaste contre laquelle il ne peut résister : «Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux que je sentaisrenaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais,...
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PROUST: À la recherche du temps perdu (Fiche de lecture)
monde des invertis), illustrée par de grandes figures fortes et attachantes, tels le baron de Charlus, Robert deSaint-Loup, ou cette même Albertine dont la vie secrète ne sera jamais vraiment élucidée. Mais l'action en elle-même est secondaire : simple toile de fond au déroulement de l'expérience intérieure dunarrateur, elle n'obéit nullement aux règles du récit classique. Car le temps — vraie matière de l'oeuvre — est, ici, constamment bousculé : là, une seule soirée se déroule sur...
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MONTESQUIEU: Lettres persanes (Fiche de lecture)
deux spécificités en font en réalité un ouvrage profondément inscrit dans son temps. Le genre épistolaire d'abord — auquel auront également recours Rousseau dans La Nouvelle Héloïse (1761) et Laclos dans Les Liaisons dangereuses (1782) — parce qu'il convient parfaitement à la dimension «philosophique» qu'acquiert le roman au XVIIIe siècle. Le procédé qui consiste, pour construire le récit, à substituer à un uniquenarrateur plusieurs «voix», celles des correspondants, permet en effet à...
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MONTESQUIEU: De l'esprit des lois (Fiche de lecture)
la première tentative de créer une science de la législation en se basant sur l'étude expérimentale desphénomènes sociaux et en recherchant leurs causes, sans invoquer le hasard ou les interventions divines.L'auteur part d'une définition : "les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessairesqui dérivent de la nature des choses". Les principaux facteurs dont elles dépendent sont physiques (leclimat, qui influe sur le tempérament des populations, la nature du terrain)...
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MUSSET: Lorenzaccio (Fiche de lecture)
2. LE PARADOXE DU HÉROS Le premier paradoxe du personnage, c'est son nom. Voici en effet un héros dont le prénom, Lorenzo, est affublé d'unsuffixe péjoratif en italien, -accio (prononcer [-atchio]). Ce choix indique que cet héroïsme s'accompagne de quelque chose de négatif, de trouble et d'ambigu. Ce surnom n'est d'ailleurs pas le seul dont Lorenzo de Médicis,cousin du duc Alexandre, se voit gratifié : il est tour à tour Lorenzino, diminutif affectueux, Renzo, Renzino,marquant u...
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MUSSET: Contes d'Espagne et d'Italie
Il court par tes mille campagnes Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs. La blanche ville aux sérénades Il passe par tes promenades Bien des petits pieds tous les soirs.» («Madrid») «Dans Venise la rouge, Pas un bateau qui bouge, Pas un pêcheur dans l'eau, Pas un falot. Pour le bal qu'on prépare, Plus d'une qui se pare, Met devant son miroir Le masque noir.» («Venise») Ce pittoresque est à la mode en 1830. L'Espagne triomphe sur scène avec Hernani de Victor Hugo, et la redécouv...
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MUSSET: Les Nuits (Fiche de lecture)
ALFR ED DE MUSSET LES NUITS (Lil Nuit de mai, publiée dans la « Revue des Deux Mondes "d u J 5 ml!.i 1835. - La Nuit de décembr e, même revue, 1e r décem. bre 1835. La Nuit d'août, même revue, 15 août 183 6. La Nu# d'oçtobre, même revue, 15 octobre 1837). Les circonstanoes de «/a Nui t de mai ». La erise morale de Musset. � Ju sq u 'à la Nult de mai, Muss et n'avait pas été vraiment un poète romantique . Sans dou te, il avait publié les Co...
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NERVAL: Les Chimères
L'heure qui revient n'est-elle qu'un instant parmi tant d'autres ou est-elle la Seule, la somme, la totalité de toutesles autres ? Est-elle, comme Artémis, menace mortelle, emblème du temps qui passe et nous anéantit, ou est-ellefragment d'éter-nité ? Toute la poésie de Nerval est animée par cette inquiétude fondamentale. Comment unir lescontraires, comment dire à la fois «Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée» ? («El Desdichado»). 2. LA POÉSIE COMME SYNCRÉTISME Le poète, qui a affronté...