EUGENE ONEGUINE de Piotr TCHAÏKOVSKY
Publié le 17/01/2022
Extrait du document
opéra russe du Xlerne siècle de Piotr TCHAÏKOVSKY (1840-1893)
• «Scènes lyriques« en trois actes et sept tableaux • livret russe de Tchaikovsky et de Shilovski (d'après le poème d'Alexandre Pouchkine) • créé en 1879 à Moscou
«
et assurant à ce musicien une place d'honneur parmi les plus grands compositeurs de la seconde moitié du XIXesiècle.
Il est de fait que l'Oeuvre de Piotr Ilitch contient une part non négligeable de déchet.
A côté de pages vraimentgéniales qui le classent sans conteste parmi les compositeurs de grande race, on y trouve pas mal de remplissage,de lieux communs romantiques.
Répercussion presque fatale de certains moments de désespoir, d'aridité quialternèrent chez le compositeur tout au long de son existence sa correspondance en témoigne avec des momentsd'euphorie, voire d'exaltation extraordinaire.
Il est d'autant plus remarquable et, disons-le, méritoire, de trouverprécisément sous la plume de cet homme-là les lignes que voici : "Depuis que j'ai commencé à composer, je me suisposé pour but d'être dans mon métier ce qu'avaient été dans le leur les plus illustres maîtres, c'est-à-dire d'êtrecomme eux un artisan à la manière d'un cordonnier...
Ils ont composé leurs Oeuvres immortelles exactement commele cordonnier fait ses chaussures, c'est-à-dire de jour en jour et le plus souvent sur commande."
Réserve faite donc des compositions ou de certains passages de ses Oeuvres qui décidément ne nous apportent pasgrand-chose, Tchaïkovski nous laisse une Oeuvre d'une richesse telle, d'une qualité si authentique, que l'on a peineà comprendre comment on a pu si longtemps être aveuglé à son endroit au point de le considérer tout au pluscomme une sorte de Mendelssohn de deuxième zone.
Voyons les motifs de ce désaveu posthume.
Il s'agit, nousl'avons dit, du désaveu des musiciens de toute une génération, donc d'une élite, mais qui ne devait pas tarder àgagner tout le public moyen et cela surtout en France.
Car c'est en France que l'on a été pour Tchaïkovski le plussévère.
Or être pour ou contre Tchaïkovski (d'une façon motivée, bien entendu) dénote aujourd'hui toute unementalité, toute une attitude devant l'art en général et la musique en particulier.
Si cette attitude avait au débutdu siècle des motifs passagèrement valables, si elle se justifiait alors dans une certaine mesure on cherchait tropautre chose pour apprécier ce que nous donne Tchaïkovski elle est aujourd'hui, avouons-le, nettement démodée.
Etsans avoir le moins du monde le fétichisme de l'up to date, l'on peut admettre qu'il n'y a rien de méritoire à êtredémodé.
On attaque généralement Tchaïkovski sur deux points précis : on discute la qualité de son "goût" ; on conteste lecaractère authentiquement russe de sa musique.
Le premier de ces griefs, d'ordinaire moins explicitement formulé que le second, se cache souvent derrière lui d'unefaçon assez sournoise.
Au fond et c'est par là que le cas Tchaïkovski prend aujourd'hui valeur de symbole il met encause non seulement l'esthétique de Piotr Ilitch lui-même, mais de toute une famille de musiciens à laquelleincontestablement il appartient.
Ainsi, de nombreux mélomanes croiraient encore déchoir en prenant plaisir à lamusique d'un Gounod, d'un Donizetti ou d'un Verdi.
Ils baisseraient immédiatement, semble-t-il, dans leur propreestime.
C'est que l'idée bien arrêtée, assez étroite et pour tout dire primaire qu'ils se font de ce qui est "noble" et dece qui ne l'est pas, de ce qui est ou n'est pas de "bon ton", de "bon goût", préside à tous leurs jugements.
C'estainsi qu'en architecture les mêmes personnes n'admettent l'Antiquité étant hors de cause, bien entendu que legothique ou le roman, mais rejettent à coup sûr le baroque et le rococo.
Pour les mêmes raisons sont frappésd'ostracisme le ballet classique, le bel canto et l'opéra italien.
Tout cela se tient.
Mais il y a autre chose croyons-nous, et c'est là peut-être la clé du problème : on trouve en effet à la racine decette mentalité si répandue dans le monde intellectuel d'aujourd'hui, un indéracinable préjugé contre une certainefacilité, une certaine légèreté, une certaine élégance spontanée, une certaine qualité de grâce pour tout dire, queles Italiens ont peut-être portée avec le plus de naturel, qui fut en tout cas pendant des siècles une desconstantes de leur art.
D'où la défiance très marquée chez les représentants de cette mentalité envers ce qu'il estconvenu d'appeler "l'italianisme".
L'on tolère à la rigueur ces qualités chez les Italiens, mais on ne veut pas admettrequ'elles puissent être authentiques chez d'autres (c'est non sans réserve qu'on accepte un Weber), et l'on est portéà les juger comme inconvenantes et déplacées lorsqu'on les rencontre dans des Oeuvres de caractère dramatiqueou pathétique.
Qu'on se l'avoue ou non, c'est un alliage qu'on trouve de "mauvais goût".
(L'on oublie que le "bongoût" n'est qu'une qualité mineure, indispensable il est vrai quand on n'a pas de génie.) Or, tout cela réuni chez unRusse, comme c'est le cas pour Tchaïkovski, voilà qui dépasse toutes les bornes !
Tombant également sous le grief du "goût", il y a encore l'éclectisme de Tchaïkovski : rencontrer un thème russenettement francisé ou italianisé dans une étoffe musicale où, de plus, l'influence d'un Schumann est souventmanifeste n'est pas chose rare chez Tchaïkovski.
Comme le dit Stravinski, Piotr Ilitch ne se gêne pas en effet de porter du reste avec une parfaite aisance "lachemise russe avec le haut-de-forme".
Cela suffit pour indigner les puristes qui oublient que l'art vit de rencontresimprévues, d'emprunts, de croisements, de métissages...
à condition bien sûr qu'ils soient réussis.
Pourquoil'éclectisme mot auquel on attache généralement une signification plutôt péjorative serait-il nécessairement chosemauvaise ? L'on peut toujours emprunter, dit-on, à condition de rendre avec intérêt.
On transforme alors lasubstance empruntée en sa propre substance.
Mais et c'est là que les deux griefs adressés à Tchaïkovski serejoignent c'est la substance même de Tchaïkovski qui est incriminée : on n'admet pas qu'elle soit authentiquementrusse.
Sur quoi se base cette opinion ? Sur l'idée tout à fait préconçue que toute musique qui se prétend russe doitnécessairement puiser son inspiration aux sources du folklore national.
A-t-on jamais formulé exigence pareille àl'égard de la musique française, allemande ou italienne ? Il faut dire que la responsabilité de cet état de chosesincombe avant tout au fameux groupe des "Cinq" dont l'esthétique était diamétralement opposée aux tendances d'unTchaïkovski.
Leur "russisme" concerté, voulu et pour ainsi dire codifié était parfaitement académique.
Il n'avait riende spontané (sauf chez Moussorgsky) et leur succès, dû précisément au fait que tout ce qu'ils composaient portait.
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