R. Martin du Gard, Lettre à A. Gide
Publié le 26/04/2011
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Voyez-vous, en matière d'éducation, j'en arrive à penser qu'il n'y a pas pires éducateurs que ceux qui ont longuement médité sur ces problèmes, et se sont forgé des « principes «... Oui, j'en arrive à croire, aujourd'hui, que la plus dangereuse erreur, c'est de vouloir innover en matière d'éducation. La sagesse, c'est d'élever ses enfants comme tout le monde, sans autre ambition que d'en faire des articles de série. Si l'enfant a de la qualité, il dépassera de lui-même le niveau courant. Et s'il n'en a pas, ou peu, du moins on aura fait de lui un « pareil à ses semblables «, ce qui est encore un moindre mal. La pire sottise, la plus dangereuse présomption, c'est de vouloir fabriquer des êtres d'exception, d'après une recette. Ne viser qu'à faire des hommes et des femmes moyens, pour qu'ils soient équipés de façon à vivre dans leur temps. Assurer d'abord à ses enfants une éducation ordinaire; leur enseigner l'usage courant, la morale courante, leur donner l'instruction courante des écoles courantes; et ne commencer le forçage, que quand ils auront acquis ce fonds commun. A vouloir faire d'eux des petits prodiges, on ne réussit guère qu'à faire des monstres. Mieux vaut accepter les défauts de l'éducation routinière, que de chercher à les en préserver en faisant d'eux des cobayes sur lesquels on expérimente des idées préconçues, — même si ces idées sont, théoriquement, abstraitement, excellentes... Avant tout le devoir des parents est de faire de l'enfant (qui est appelé, coûte que coûte, à être un élément social), un égal des autres, et de le munir d'abord, du bagage le plus courant, pour qu'il soit à sa place inler pares( 1), un parmi les autres, et non un phénomène à part qui sera toujours un étranger dans sa génération. Si j'avais un enfant à élever, je le mettrais à l'école primaire, puis au lycée; je le traiterais, avec application, exactement comme tous les parents d'aujourd'hui traitent leurs enfants, pour qu'il soit socialement équipé comme tous ceux avec lesquels il sera, toute sa vie, appelé à vivre. Et puis, cela étant acquis, je chercherais à le développer au-delà du niveau courant pour qu'il soit à la fois tout pareil aux autres, et supérieur. R. Martin du Gard, Lettre à A. Gide du 8 décembre 1944. Vous donnerez, selon votre préférence, une analyse ou un résumé du texte; puis vous en dégagerez un sujet de réflexion que vous examinerez de manière personnelle.
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