DESCARTES ET LA LIBERTÉ
Publié le 25/06/2012
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DESCARTES : QUATRIÈME MÉDITATION
Je ne puis pas aussi me plaindre que Dieu ne m'ait pas donné un libre arbitre ou une volonté assez ample et assez parfaite, puisqu'en effet je l'expérimente si ample et si étendue qu'elle n'est renfermée dans aucunes bornes. Et ce qui me semble ici bien remarquable est que, de toutes les autres choses qui sont en moi, il n'y en a aucune si parfaite et si grande que je ne reconnaisse bien qu'elle pourrait encore être plus grande et plus parfaite. Car, par exemple, si je considère la faculté de concevoir qui est en moi, je trouve qu'elle est d'une fort petite étendue et grandement limitée, et tout ensemble je me représente l'idée d'une autre faculté beaucoup plus ample et même infinie; et de cela seul que je puis me représenter son idée, je connais sans difficulté qu'elle appartient à la nature de Dieu. En même façon si j'examine la mémoire, ou l'imagination, ou quelque autre faculté qui soit en moi, je n'en trouve aucune qui ne soit très petite et bornée, et qui en Dieu ne soit immense et infinie. il n'y a que la volonté seule ou la seule liberté du franc arbitre que j'expérimente en moi être si grande que je ne conçois point l'idée d'aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c'est elle principalement qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de Dieu....

«
suivre ou fuir une même chose) ou plutôt elle consiste seulement
en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que
l'entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous
ne sentons
point qu'aucune force extérieure nous y contraigne.
Car,
afin que je sois libre,
il n'est pas nécessaire que je sois indifférent
à choisir l'un ou l'autre des deux contraires; mais plutôt, d'autant
plus que je penche vers l'un, soit que je connaisse évidemment que
le bien
et le vrai s'y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l'inté
rieur de
ma pensée, d'autant plus librement j'en fais choix et je l'em
brasse; et, certes, la grâce divine
et la connaissance naturelle, bien
loin de diminuer ma liberté, l'augmentent
plutôt et la fortifient.
De
façon que cette indifférence que je sens lorsque je ne suis point
emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune
raison, est le plus bas degré de la liberté
et fait plutôt paraitre un
défaut dans la connaissance qu'une perfection dans la volonté; car
si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon,
je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix
je devrais faire;
et ainsi je serais entièrement libre sans jamais être
indifférent.
De tout ceci je reconnais que ni la puissance de vouloir, laquelle
j'ai reçue de Dieu, n'est
point d'elle-même la cause de mes erreurs,
car elle est très ample
et très parfaite en son genre; ni aussi la puis
sance d'entendre
ou de concevoir: car, ne concevant rien que par le
moyen de cette puissance que
Dieu m'a donnée pour concevoir,
sans
doute que tout ce que je conçois, je le conçois comme il faut,
et il n'est pas possible qu'en cela je me trompe.
D'où est-ce donc que naissent mes erreurs? C'est, à savoir, de
cela seul que la volonté
étant beaucoup plus ample et plus étendue
que l'entendement,
je ne la contiens pas dans les mêmes limites,
mais que
je l'étends aussi aux choses que je n'entends pas; auxquelles
étant de soi indifférente, elle s'égare
fort aisément et choisit le faux
pour le vrai et le mal pour le bien : ce qui fait que je me trompe et
que je pèche..
»
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